Sonia

Témoignage : Victime, je fus, Survivante, je suis

Aujourd’hui je suis debout et j’avance droit devant,
61 ans, survivante d’inceste subit de 9 ans à 17-18 ans par un «pseudo -père» et de pédo-criminalité de 12 à 16 ans de la part de 2 hommes âgés du village,
Toutes les étapes de ma vie ont été marquées par ce traumatisme.
Point de déni mais se taire fut moins douloureux,
Au début, le silence était imposé car ce serait «un fait normal entre un papa et sa fille», Ensuite , bien qu’ayant compris ce qu’il se passait, parler ne m’aurait pas guéri et aurait fait certes plus de mal autour , le silence s’est alors imposé comme seule attitude possible.
Au fil des années, la honte et la culpabilité, sont devenus mes amis m’ordonnant de n’en point dire,

Combien de fois et par quels stratagèmes ai-je tenté de me décharger de ce fardeau, mais jamais d’oreille bienveillante ou tout au moins réceptive.
Je me suis jetée à corps perdu dans tout et n’importe quoi sans jamais croire vraiment en rien.
Ainsi, les échecs sentimentaux se sont accumulés puisque en attente de tout et et toujours insatisfaite(3 enfants perdus, 3 mariages et autant de divorces,
L’impossibilité de concevoir quelque chose de bon et donc pas de maternité s’ est imposé à moi.
Comme toute victime de traumatisme insupportable, mon cerveau s’est dissocié de mon corps pour ne pas exploser ,aussi , depuis plus de 50 ans je vis comme en dehors de mon corps,
Je me sais ,être de valeur, si et seulement si je n’ai en retour l’effet miroir. Au fond de moi, mon image corporelle est restée celle de l’enfant que j’ai été et donc à mille lieues de celle renvoyée par la glace, Le problème majeur est que l’Autre voit directement la réalité de l’oeil et ne peut avoir la moindre idée de l’être profond , qui lui est fondu dans l’isolement.
La souffrance, si dure soit elle ,m’a conduite à réfléchir et à regarder autour et depuis plus de 5 ans , en m’impliquant dans l’association, j’ai donné un autre sens à ma vie.
Aider les victimes , informer le grand public , participer à la formation des personnels est devenu pour moi un lev-motiv.

A travers les groupes de paroles, observer le mieux être des victimes au cours de leur participation me rassure sur ce que j’ai entrepris. L’isolement se fracture et le mieux être se lit sur les visages.
L’aide à la détection des enfants,éventuelles victimes ne peux se faire qu’en parlant aux professionnels , en expliquant les divers mécanismes du cerveau et redonner la paroles aux victimes pour qu’elles retrouvent confiance en elles mais aussi qu’elles sachent ouvrir leurs yeux pour protéger leurs enfants.
Le temps de la construction est long et difficile mais peut sauver une personne à la dérive à condition de l’aider ,à regarder et à croire en elle ,ce qui vient malheureusement aussi tard que la prise de conscience et la reconnaissance d’état de victime,

Ce dernier, accepté , reconnu ne doit pas pour autant faire de nous des handicapés et nous faire nous stigmatiser comme des personnes spéciales. Nous avons en nous tant de force et d’envies de grandir et sortir enfin de ce gouffre dans lequel nous avons plongé bien malgré nous.

Alexandra

C’est une histoire triste mais dont la fin n’est pas encore écrite. Vous me direz que mon histoire a déjà été racontée. Non, car chacun est unique et chacun vit différemment ces drames que sont l’inceste et la pédophilie. Chacun a le droit de témoigner et de faire éclater le silence, de sortir de l’ombre qui l’étouffe. Comment peut-on guérir et s’épanouir dans l’ombre ?

Alexandra est mon prénom, un prénom prédestiné puisqu’en grec il signifie celle qui combat et protège les hommes.
Le premier homme de ma vie fut mon géniteur que je n’ai jamais appelé papa bien qu’il ait fait partie de mon existence jusqu’à mes 7 ans. Je ne l’ai jamais aimé. Instinctivement je l’ai repoussé, rebutée par sa violence engendrée par son alcoolisme profond. Une violence plus verbale que physique pour l’ensemble de ma famille, c’est-à-dire, ma mère, mes trois frères et moi, la petite dernière, la seule fille.

J’étais joyeuse, toujours souriante, malicieuse mais je gardais un secret.
Ne rien dire, ne rien montrer pour ne pas provoquer sa colère, pour protéger ma famille. Je pleurais toujours cachette. J’étais un brave petit soldat qui vivait le drame de l’inceste.

Ma mémoire n’est encore composée que de fragments plus ou moins importants, plus ou moins précis de ce cauchemar bien réel. Mon corps, lui, se rappelle de tout. Les années passent et les souvenirs remontent à la surface, surtout depuis mon vrai premier petit ami, à l’âge de 23 ans.
Par moment, c’est comme revivre le passé, redevenir une petite fille qui avait des hallucinations, qui la nuit faisait d’horribles cauchemars, qui avait peur.

Ma mère qui à l’époque ne se doutait de rien (et non parce qu’elle ne voulait pas voir, de cela j’en suis certaine car si elle avait découvert la vérité, elle aurait réagi), a courageusement quitté mon géniteur avec ses quatre enfants lorsque j’avais 6 ans.
A l’âge de 7 ans, ma mère lui a interdit toute visite pressentant alors un danger. Elle comprenait qu’il aurait pu nous tuer avec un de ses fusils qu’il affectionnait tant ou en voiture qu’il conduisait en état d’ivresse avancé, qu’il aurait pu abuser de moi (sa fille ainée d’un premier mariage, que je n’ai jamais connue, avait alors avoué avoir été violée à l’âge de 10 ans par notre géniteur.

Un de mes frères avait rapporté que lors des visites, il me courait après autour de la table jusqu’à m’attraper pour me serrer fort contre lui d’une manière qui n’avait rien de paternelle), mais elle ne savait pas qu’il avait déjà commencé et là encore je n’ai rien dit. Je me suis juste permis de pleurer sans me cacher.

Celui qui aurait dû être mon père, mon papa, a violé mon innocence, il a cassé quelque chose en moi, il m’a empêchée de bien me construire psychologiquement, socialement, émotionnellement et physiquement.

C’est un des crimes les plus odieux qui soit. J’ai pu lui pardonner et comprendre sa violence, son alcoolisme mais beaucoup plus difficilement son comportement incestueux même si tout est lié.
Longtemps j’ai voulu le tuer et je sais que si ma mère n’était pas partie, je l’aurais fait.

Je suis plus apaisée aujourd’hui, plus dans une démarche de compréhension et de pardon même si parfois un sentiment de colère, d’injustice et de tristesse ressurgit.

La route est longue pour guérir de cette terrible blessure d’autant que j’ai un trouble de la personnalité limite et d’autres problèmes de santé dont mon géniteur est la cause première. D’autres hommes (un oncle, un épicier…), d’autres prédateurs, reniflant ma blessure, m’ont fait subir des attouchements. Cette blessure m’a desservie dans ma vie amoureuse, dans ma vie en général.

J’ai entrepris un long et difficile travail pour que ces drames du passé ne dominent plus ma vie. Je crois que c’est quelque chose qu’il laisse des traces jusqu’à votre mort même si on parvient à la résilience, à se reconstruire. Je me bats chaque jour et je ne me tais plus.

Ma maman sait. Ca a été dur pour elle, mais elle n’a pas douté un instant de ma parole contrairement à mon frère ainé. Mes deux autres frères préfèrent ne jamais en parler. Lorsqu’un de mes oncles, pourtant connu pour sa perversité, avait essayé de me toucher à l’âge de 11 ans, ma mère et ma grand-mère maternelle n’avaient pas remis en doute ma parole mais mes tantes m’avaient traitée de menteuse, de salope. Il est important que la victime soit entendue et reconnue.

Avec la prescription je ne peux plus porter plainte contre mon père. S’il était encore vivant, j’aurais aimé pouvoir le faire. Il est mort seul de son alcoolisme dans une maison de retraite. Lorsque je l’ai appris, j’ai versé une larme et j’ai ressenti un immense sentiment de gâchis.

Aujourd’hui à 33 ans, je désire pouvoir commencer une autre vie, être libérée du passé. Je désire que la petite fille qui est en moi se sente protégée. Pour moi c’est une étape importante de témoigner. Il reste tant encore à faire contre l’inceste et la pédocriminalité. Un jour peut-être, je serai en mesure d’apporter mon aide.
Comme je l’ai déjà dit, la fin de l’histoire n’est pas encore écrite.

Alexandra

Mon corps est comme une bombe à retardement

Mon corps est comme une bombe à retardement, certains jours il me laisse tranquille quand la plupart du temps il me prend en otage. Ces jours là j’ai beau me laver rien n’y fait, je reste sale, les immondices vous collent à la peau, vous transpirez plus que d’habitude et vous souhaitez une seule et unique chose, vous mettre dans un trou et attendre. Que l’on ne vous regarde pas surtout vous et votre honte suprême.

La première fois avec un garçon, je lui ai dit que je ne voulais pas mais il l’a fait quand même. Je suis toujours incapable de dire non.

Les relations sexuelles sont difficiles évidemment. A chaque fois mon esprit se serre très fort. Avant, quand j’étais dans le déni, pendant l’acte sexuel je parlais, ce que je disais était incompréhensible, je partais, je me souviens que ma tête déménageait laissant mon corps faire le reste, on appelle cela la dissociation.

J’ai tout enfoui jusqu’à l’âge de 30 ans mais il y a eu des signes, des flashs pendant ce déni, je ne les ai compris qu’à la sortie du déni.

J’ai appelé certaines personnes de ma famille pour leur dire, d’autres m’ont appelée. J’ai appris que d’autres avaient été agressés par mon géniteur ou par d’autres membres de la famille. Quasiment toute la famille m’a tourné le dos. Mon agresseur, mon géniteur m’a traitée de folle évidemment, que je devais aller voir un psy et il a sali mon frère et ma mère en racontant des horreurs sur eux. Aujourd’hui encore je me demande si ce qu’il m’a dit sur eux est vrai. Ils ont un pouvoir sur vous qui est incroyable et tout ce qu’ils vous disent reste bien ancré et il vous est très compliqué de ne pas les croire même plus de 30 ans après les premiers faits.

La première fois j’avais 2-3 ans et cela a duré jusqu’à un âge qui est pour moi encore incertain, l’adolescence vers 14-15 ans sans doute. J’ai été abusée par mon géniteur et par des hommes auxquels il me donnait ou me vendait, je ne sais pas. Je ne peux pas décrire plus avant les atrocités que j’ai vécues…

Il y a prescription donc aucun recours possible.

Avant la sortie du déni j’étais quelqu’un de très dynamique, trop dynamique je pense, fuite en avant, j’étais complètement parano,  je m’accrochais à mes amis de façon démesurée, je croyais qu’on ne m’aimait pas, à un moment de ma vie quand les gens riaient autour de moi je pensais qu’ils se moquaient de moi, c’était terrible. J’ai développé des TOCS que j’ai toujours d’ailleurs. Je vivais dans un stress permanent, une détestation de mon corps et une dépréciation de mes capacités et de ma personne très profondes. Je ne voulais pas d’enfants, je savais au fond de moi que j’en voulais mais quelque chose me disait tu ne peux pas les faire maintenant et effectivement ce n’est que lorsque je suis sortie du déni que j’ai enfin accepté d’en avoir. Une petite voix intérieure m’empêchait de le faire et je dirais heureusement pour moi car avoir un enfant après avoir subi ces actes atroces est difficile. Enfant j’étais toujours malade mais on ne me trouvait pas grand-chose, hypocondrie, j’ai fait des infections urinaires, j’ai subi beaucoup d’anesthésies générales, j’avais des maux de tête importants, des maux de ventre, j’ai fait de l’épilepsie. Les pensées suicidaires sans passage à l’acte, la peur d’être folle. Le surinvestissement scolaire et sportif pour oublier tout le reste.

J’ai subi ce que l’on appelle la revictimisation, agressée plusieurs fois à l’âge adulte par des gens connus ou inconnus.

Après la sortie du déni et grâce à la thérapie je ne suis plus dans cette fuite en avant mais les flashs omniprésents depuis plus d’un an me minent. Je me sens évidemment plus en accord avec moi-même. Il ne faut pas se voiler la face, il est très difficile d’affronter ses vieux démons mais une chose est certaine c’est le seul moyen de sortir de ce cercle infernal et surtout de libérer nos enfants de ce terrible poids. Aujourd’hui, je suis triste, la colère n’est toujours pas là, je n’arrive pas à me mettre en colère contre mon agresseur, mes agresseurs. Parfois encore je me dis que ce n’est pas possible que je suis certainement folle, démente, qu’il faut m’enfermer. Il n’est pas possible de laisser venir autant d’horreurs à soi d’un coup. Il faut laisser le temps vous faire accepter.

Ma famille au sens large est une famille bourgeoise, catholique, très éduquée, très diplômée, bien sous tous rapports en apparence. Les hommes agressent les femmes depuis plusieurs générations maintenant puis absolvent leurs péchés auprès de dieu, ce dieu que je rejette puissamment. Les dieux excusent les actes les plus vils de l’humanité quand ceux qui se meurent ne peuvent pas compter sur eux.

Je crois que les conséquences psychologiques les plus pesantes en dehors des problèmes d’ordre sexuel sont cette faible estime de soi, je dirai même cette non-estime de soi et la peur de l’abandon, les croyances que l’on ne peut pas être aimée. Je ne comprendrai jamais comment j’ai réussi à faire des études, à trouver quelqu’un qui m’aime et à vivre en société à peu près normalement. Comme quoi tout est possible mais à quel prix ? Au fond, tout au fond, il n’y a pas de vie, un magma informe qui enserre votre cœur et vous dit de méchantes choses sur vous. Il faut y croire, il faut se battre pour ceux qui souffrent en ce moment. Moi j’ai perdu foi en l’humanité, j’ai perdu le goût des autres, peut-être suis-je dans une phase de ma reconstruction trop négative pour espérer une vie, une vraie vie ? Je suis désolée pour ce témoignage pessimiste, il y a quand même des choses positives, très positives, j’ai pu donner la vie et je sais que je ferai tout pour protéger mes enfants.

Aujourd’hui il ne passe pas plus de dix minutes sans que ma tête ne sombre dans les souvenirs ou les sensations. Cela fait plus de 18 mois que c’est comme ça et je vous assure que sans mon psychiatre je n’aurais jamais tenu, je ne tiendrais pas. Il faut se faire aider par des professionnels, j’en suis intimement convaincue.

J’ai longtemps pensé que je m’en sortais bien

J’aimerais simplement apporter un témoignage en rapport avec la pétition concernant les paroles du D. Rufo.
85% des ados vont bien suite à un abus, oui peut-être, mais aucun sans doute en apparence.
Et puis, la vie ne s’arrêtant pas à l’adolescence, combien sur ces 85% voient des troubles graves apparaître plus tard au cours de leur vie?
J’ai moi-même été victime d’abus, j’ai longtemps pensé que je m’en sortais bien que les deux abus que j’ai vécus n’étaient pas trop graves. Mais voilà l’an dernier j’ai fait une dépression post partum et ces abus ont envahit mon esprit. J’avais l’impression de transmettre de plus ces idées noires à mon bébé ce qui était totalement insupportable. J’ai pu être aidée par une psychologue pour surmonter ma dépression et aujourd’hui je vais « bien ». Pourtant et encore maintenant, je ne peux penser aux lieux de mon enfance sans y associer ce qui ne représente peut-être que quelques minutes de vécu mais des années d’empoisonnement de l’esprit.
Alors je vous remercie pour votre combat.

J’ai grandi dans une famille particulière

J’ai adopté 6 enfants qui ont maintenant 21, 19, 18, 12, 10 et 4 ans. Ils sont arrivés à la maison entre 3 et 12 ans. Le premier seul, puis 2 en fratrie, puis une fratrie de 3. Les trois premiers en adoption internationale, la fratrie de trois sont des pupilles de l’Etat. Ils ont tous eu un passé douloureux du fait de deuils et de ruptures familiales, mais aussi de maltraitances physiques et psychologiques.

J’ai grandi dans une famille particulière. Du côté de ma mère, son père et ses deux frères sont alcooliques et violent. Ma mère a été interné en hôpital psychiatrique plusieurs fois et a fait 8 tentatives de suicide entre ma naissance et mes 18 ans. Elle a aussi disparu à plusieurs reprise , la plus longue période a duré 8 mois, j’avais 5 ans. Elle alternait des périodes de violence physique et verbale avec des périodes dépressives où elle restait dans son lit avec une bouteille de vodka. Mon père n’a jamais rien vu. Un des frères de ma mère a abusé sexuellement de moi alors que j’avais entre 3 et 5 ans. Vers 5 ans, mon demi-frère, qui a 8 ans de plus que moi à commencer à son tour. Il a commencé à me faire fumer et boire du rhum vers 8 ans. Nous déménagions très souvent, si bien que du CP à la troisième j’ai fréquenté 9 établissements scolaires différents, ce qui explique partiellement que je n’ai jamais parlé à personne ni qu’aucun enseignant n’ait signalé quoique ce soit. Cela a duré jusqu’à mes 15 ans. A cette époque, j’ai vécu un été entier avec lui. Il vivait du trafic de drogue. Non seulement il me violait quotidiennement, mais il m’a aussi « partagé » avec d’autres hommes. Il avait le projet de me prostituer. A un moment, j’ai cru être enceinte de lui car j’ai eu un retard de règles. Cela a duré plusieurs semaines, qui ont sans aucun doute été les pires semaines de ma vie. Je ne savais pas quoi faire. Je n’avais pas conscience que ce que je vivais relevait de la justice. Pour moi, c’était une histoire familiale, privée. Les seules alternatives que je parvenais a imaginé c’était soit le suicide, soit un médecin pour un avortement. Mais, je ne pouvais pas me résoudre à aller voir un médecin car je me disais qu’il me demanderait qui était le père, et je n’avais pas envie de répondre à cette question. Je suis allée plusieurs fois sur un pont avec l’idée de me jeter dans le fleuve, mais je me disais que je savais nager et qu’au dernier moment, je ne me laisserai pas mourir. Donc, j’ai attendu dans l’angoisse, un miracle. Et finalement, après 6 semaines d’attente, il y a eu un miracle, j’ai été réglé. Le soulagement a été immense. Mais, je me suis dit que je ne voulais plus jamais connaitre cette angoisse. Et je me suis enfuie de chez mon frère. Je suis retournée, en train, chez ma mère (mes parents étaient séparés). Elle ne m’a rien demandé. Cela faisait plus de trois mois que mon frère était venu me chercher, je suis arrivée en déclarant qu’il était l’incarnation du Mal. Mais, elle ne m’a pas répondu, et ne m’a posé aucune question. Je crois qu’une partie de moi aurait aimé qu’elle m’interroge.

C’était quelque jours avant la rentrée scolaire. Je ne supportais plus non plus ma mère. J’ai donc demandé à être interne, alors que le lycée était à 2km de la maison. A partir de cette époque j’ai tout fait pour être le moins souvent possible à la maison. Je passais la plus grande partie du week end chez des agriculteurs que j’ai fini par considérer comme ma famille .Ils ont été mes témoins de mariage, je suis le témoin de mariage de leur fille, et mon mari le parrain d’une de leur petite fille etc… J’ai été hospitalisé quelques semaines après la rentrée pour des violents maux de ventre. Une échographie a conclu à un kyste à l’ovaire. Mais, le chirurgien n’a rien trouvé lors de la laparotomie. Ce ne sera que 7 ans plus tard que d’autres examens révèleront que ce qui avait été trouvé à l’échographie était en fait un méningocoele sacré. J’ai eu du mal à me remettre de l’intervention. Je suis restée dans une sorte de coma pendant 3 jours après l’anesthésie, sans aucune envie de me réveiller. J’entendais ce qui se passait mais je ne bougeais pas. Je savais que les médecins étaient inquiets et ne savaient pas quand j’allais me réveiller. Mais, je me sentais bien ainsi et je ne voulais pas faire l’effort de remonter à la surface. C’est une infirmière qui m’a parlé, en me disant qu’elle avait elle aussi était opérée et qu’elle comprenait que c’était difficile mais qu’il fallait que je me réveille, c’est elle qui m’a décidé à me réveiller .Mais il s’est encore passé 24 heures entre ce qu’elle m’a dit et mon retour à la conscience. Je me suis ensuite consacré à mes études, parce qu’il n’y a rien qui occupe aussi bien les neurones qu’un problème de mathématique. J’y ai réussi. J’ai fait une classe préparatoire, puis une grande école où j’ai rencontré mon mari.

Au début de mes études, des coliques néphrétiques ont été l’occasion d’examen complémentaire, et j’ai ainsi appris la présence du méningocoele qui m’interdisait toute grossesse.

C’est naturellement que mon mari et moi avons décidé que nous adopterions. Avec la logique: s’il y a des enfants sans parents et des parents sans enfants, il est normal qu’ils se retrouvent. C’est d’ailleurs pour cela que nous nous sommes mariés avant même la fin de mes études (il fallait à l’époque 5 ans de mariage pour adopter). Et dès la fin de mes études, nous avons démarré les démarches auprès du conseil général. J’avais très envie d’avoir un enfant. Mais, je n’arrivais pas à m’imaginer mère d’un bébé. J’avais très peur de mal faire sans le vouloir, de le faire souffrir, de ne pas savoir ce dont il avait besoin .Aussi, je me disais que ce serait plus facile s’il savait déjà marcher et parler. Ainsi, pourrait-il mieux se défendre , serait-il moins vulnérable. J’avais même franchement peur des bébés. Pendant des années je me suis arrangée pour ne jamais en tenir un dans les bras. Le premier que j’ai pu prendre dans mes bras , j’avais 42 ans! De toute façon , j’avais d’énormes doutes sur mes capacités à être mère, et j’ai donc très bien vécu la procédure pour obtenir un agrément. Pour moi, cela me rassurait: des professionnels jugeaient objectivement que je pouvais être mère. Néanmoins, lorsque l’avion a décollé pour le Vietnam où nous allions chercher notre premier enfant, j’ai demandé à mon mari s’il ne croyait pas que nous faisions la plus grosse bêtise de notre vie. Heureusement, j’ai un mari solide, sûr de lui, et qui a eu une enfance heureuse dans une famille simple. Il a dès ce moment été mon référent, celui qui pouvait me ramener au « normal », celui sur lequel je pouvais me reposer quand je doutais trop. Il m’a toujours servi de référence dans mon rôle de parent. Celui a qui je peux demander: « est ce normal de… »

Dès que j’ai vu mon fils (il avait trois ans), il est devenu mon fils. Ce fut immédiat. Mon affection pour lui (et pour les 5 autres) a été beaucoup plus facile à gérer que mon affection pour mon mari. Sans doute parce que rien ne m’interdisait de les aimer pleinement.

Ensuite, nous avons adopté 2 autres enfants, un peu plus âgés, ayant souffert de maltraitance physique, sur Madagascar.

Puis, cinq ans plus tard, j’ai du être opéré du méningocoele qui s’était mis brutalement à grossir. C’était une époque difficile psychologiquement pour moi, cela faisait 2 ans que j’avais commencé une thérapie, et je vivais à l’époque dans la peur panique que mon frère vienne me tuer puisque j’avais parlé. L’opération était risquée (20% de décès). Mais, tout c’est bien passé, et je me suis doucement remise. Une fois que j’avais récupéré, il était évident que plus rien ne s’opposait à une grossesse. J’avais 37 ans. Il y avait donc une petite fenêtre de tir. J’étais partagée. Une partie de moi avait envie d’être enceinte, surtout pour mon mari, mais une autre partie était complètement paniquée. C’est à cette époque que j’ai tout à fait pris conscience de la peur que m’inspirait les bébés. J’ai fait des tas de cauchemars. Je ne me sentais pas capable de m’occuper d’un enfant qui dépendrait totalement de moi. Je me sentais potentiellement dangereuse . ET puis, l’idée d’être enceinte me renvoyait à cet été avec mon frère, je ne pouvais pas être enceinte d’autre chose que d’un monstre. Je ne suis pas tombée enceinte. Mon gynécologue a envisagé un traitement , mais les démarches pour la PMA m’ont paru extrêmement intrusive, je ne les ai pas supporté, je ne me suis rendue qu’à un seul rendez vous. A 39 ans, suite encore à des douleurs importantes, une coelioscopie a mis en évidence une endométriose de stade IV. Traitement obligatoire. Plus de grossesse possible. Et un peu de culpabilité de ma part parce que , somme toute, ça m’allait bien comme ça. Finalement, l’adoption, cela me permettait aussi de dissocier la relation sexuelle du fait d’être mère.

Nous sommes repartis sur un autre projet d’adoption, en souhaitant donner une chance à des enfants qui habituellement n’en ont pas. Ainsi, avons nous accueilli il y a quelques mois une fratrie de trois pupilles de l’Etat qui ont perdus à deux ans d’intervalles leur deux parents, puis qui ont du être retiré en urgence de la personne de leur famille qui les avait recueillis et qui les maltraitait gravement, à tel point que les services sociaux ont craint pour la vie de la petite fille. Ils ont connu les galères habituelles de bon nombre de fratrie de pupille de l’état (séparation de la fratrie, foyer, familles d’accueil successives etc..).

L’adoption a aussi été pour moi une façon de me rassurer parce que je me disais que ces enfants était gagnant même si je n’étais pas une très bonne mère, j’étais toujours mieux que la rue (pour les 3 premiers).

Pour la dernière fratrie, j’avais aussi peur , parce que comme l’âge limite que nous avions mis pour l’ainé était 10 ans (et en réalité, il en aura 11,5 au jour de l’apparentement), j’avais peur de me retrouver dans une configuration avec un ainé et un petit , bref quelque chose comme ce que j’ai connu enfant. Mais, je suis arrivée en travaillant dessus avec une psychologue à ne plus le craindre. Heureusement, parce que la fratrie que nous avons accueilli est composé de 2 garçons actuellement de 12 et 10 ans, et d’une petite fille de 4 ans. Finalement, c’est aussi très positif pour moi. En les regardant vivre, je m’aperçois que même avec une histoire difficile, un petit garçon peut rester un frère protecteur et attentionné pour sa petite sœur. Et comme si le sort s’amusait avec moi, il s’agit d’une demi-sœur (elle est née 1 an après la mort du père des garçons). C’était aussi mon cas, et mon frère (demi-frère…) jouait beaucoup sur ce point. Or, je vois bien qu’entre les enfants, dont plusieurs n’ont donc aucun lien de sang, cela ne change rien. Ils se considèrent pleinement comme frères et sœurs.

Je suis assez fataliste, et je ne crois pas qu’on puisse protéger les enfants de tout, il n’y a pas de vie sans risque. Sans doute, parce que chez moi le danger venait de la maison, je ne suis pas particulièrement inquiète lorsqu’ils sortent. Mais, j’essaie de leur expliquer qu’ils doivent se faire confiance, et qu’ils doivent refuser tout ce qui les mets mal à l’aise, et ne pas hésiter à en parler à un adulte. J’essaie d’éviter qu’ils s’imaginent ne pas avoir de valeur par rapport aux adultes. Bien sûr, en même temps, j’essaie d’avoir le comportement le plus cohérent possible, et de leur offrir un cadre fixe et sécurisant. Je suis persuadée que cela participe aussi à leur sentiment de sécurité. J’essaie d’être attentive à tout ce qu’ils ne disent pas avec des mots, et à leur laisser une liberté suffisante pour qu’ils fassent leur expérience et qu’ils grandissent tout en les protégeant sans être trop pesante. Je crois que tout est une affaire de juste milieu. J’ai beaucoup travaillé pour que mon histoire ne leur soit pas un poids. Ce fut d’ailleurs ma première motivation pour commencer une thérapie. Non pas pour moi, mais pour que mes enfants n’aient pas à souffrir de mon histoire.

Etre parent est pour moi ce qui est le plus important dans ma vie. Mes enfants sont ma priorité absolue. Pour des tas de raisons, celles que je connais, celles que je devine, celle dont je ne me rends pas compte. Mais, c’est certains que c’est en lien étroit avec mon histoire. D’abord parce que je ne supporte pas les injustices dont peuvent être victime des enfants. Cela me rend malade, presque physiquement. Entendre parler d’un enfant maltraité et j’ai l’ impression qu’on m’arrache les tripes. Ensuite, parce que je me dis que c’est une façon de donner un sens à mon histoire. Ce que j’ai vécu m’aide à comprendre ces enfants que la vie a malmenée. Je crois que si mon mari et moi nous réussissons bien dans nos adoptions, même si nous avons adopté des enfants traumatisés, c’est parce que nous nous complétons. J’ai la compréhension intime de ce qu’ils peuvent ressentir, et des réactions parfois paradoxales qu’ils peuvent avoir, mon mari à la stabilité, la force, d’un adulte qui a eu une enfance heureuse. Il nous évite à tous de sombrer dans la tristesse, la colère etc… Il témoigne de ce que peut être la vie, et de ce qu’elle devrait être. Il nous maintien dans la simplicité. De plus, il nous offre sa famille. Mes enfants ont ainsi la chance d’avoir des grands-parents qui les gâtent, des tantes et des cousins affectueux.

Mes deux parents sont médecins

Je suis une marocaine de 28 ans. Mes deux parents sont médecins.
J’ai été violée par mon père à l’âge de 6 ans. Il a convaincu ma mère ainsi que toute la famille que c’était de ma faute. Il m’a dit que je devais prendre des médicaments. Il m’a obligée durant toute mon enfance à prendre des médicaments. J’étais constamment fatiguée, avec la tête vide. Malgré tout, j’ai pu faire des études supérieures. Mon diplôme obtenu, mon père m’a internée en psychiatrie et m’a menacée pour que je ne parle pas. aujourd’hui ma famille veut de nouveau me faire interner. 
Pourrais-je m’en sortir, sachant que mes deux parents sont médecins et qu’ils ont le soutient de toute la famille? Ajoutons à cela le contexte socio-culturel marocain…

J’ai perdu l’usage de mes bras

Les conséquences physiques pendant l’enfance, ça remonte à loin, je dirais que physiquement, ce que je me rappelle le plus, c’est que, c’était de l’automutilation, je m’arrachais les ongles, j’avais les ongles très très rongés, j’avais des panaris régulièrement, donc je faisais très souvent des bains de doigts.

Je faisais également, j’ai vu ça dernièrement, il y a quelques mois, beaucoup d’infections urinaires, et j’étais également une enfant, qui refusait de manger donc, c’était un combat perpétuel à chaque repas. Dés que ma mère ou que quelqu’un d’autre avait le dos tourné, les boulettes de viande allaient sous la table, je n’aimais pas mâcher, ça me fatiguait. Beaucoup de relation négative par rapport à la nourriture. Là c’est seulement ce que je me rappelle pour l’enfance.

A l’adolescence, c’est ce que j’ai énuméré pendant l’enfance a continué. Donc dû à ce manque d’alimentation, enfin je pense que c’était dû à cela, j’étais très maigre. Et ce qui est arrivé à l’adolescence, je me rappelle très bien aussi, ce sont les difficultés pour le sommeil. Je dormais très mal, donc beaucoup de fatigue, beaucoup de cauchemars, la peur des autres aussi, la peur de faire des choses, de me lancer, de prendre la parole en classe, tout le temps avec des maux de ventre qui me menaient assez régulièrement à des évanouissements. Donc souvent à l’infirmerie au collège. D’ailleurs, je me rappelle on mettait ça sur le dos, des premières règles, han la pauvre elle est fragile.

Autrement à l’âge adulte, je peux dire qu’il y a toujours ces choses là, les ongles j’ai arrêté de les ronger en 2008, à ma dernière opération de bras. Je ne sais pas s’il y a une relation ou pas. C’était le bras gauche, enfin peu importe, c’est assez récent. A l’âge adulte la conséquence physique la plus dure a été la perte d’usage de mes bras. Je suis suivie psychologiquement pour arriver à gérer ces émotions. Là actuellement je suis en kinésithérapie pour essayer de nouveau la chirurgie. Peut-être aller consulter un neurologue voir si on peut essayer de me soulager à ce niveau là. Autrement, j’ai toujours des difficultés avec la nourriture. Anorexie ou boulimie, un peu les deux.

Les conséquences physiques, c’est en rapport avec mes problèmes de bras, par exemple lorsque je dois subir une intervention chirurgicale, je voudrais parler de ma réaction avec l’anesthésie. Je réagis très mal. Pour moi c’est une sorte de soumission, car j’ai été menacée longtemps, par mon principal agresseur, si je me laissais pas faire, il voulait m’endormir avec du chloroforme sous le nez. Le faite, d’être anesthésiée pour me faire opérer était une sorte de rappel de mémoire, dû au, enfin à ce que j’ai vécu dans mon passé. Et le faite que j’accepte cette anesthésie pour me faire opérer était une soumission, donc suite à cette intervention j’ai toujours eu une très grosse prise de poids. Et souvent aussi cela me fait aussi ressurgir des souvenirs que j’avais complètement occultés. Cela m’a fait repenser à l’histoire de cette femme que tout le monde a dû entendre, qui a revécu l’histoire du viol qu’elle avait oublié.

Voilà, donc je pense que les conséquences physiques sont assez profondes. Autrement aussi, en conséquences physiques à l’adolescence, tout début d’âge adulte, ont été de vouloir atteindre la paix, c’est-à-dire, mettre fin à mes jours, me suicider quoi. J’ai fait une tentative mais je pense que c’était plus un appel au secours parce que j’ai appelé le médecin traitant à qui je me suis confiée, je m’en rappelle. Et lui maintenant de son côté soutient mon agresseur, cette espèce d’ordure, mais bon, ça c’est autre chose. Et depuis à peu près deux ans, je ne sais pas pourquoi, j’ai tendance à me gratter, je m’arrache la peau, dés qu’il y a un bouton, je gratte, j’empêche la cicatrisation, j’ai des marques partout, et en plus ma peau marque facilement, donc ce n’est pas beau. Comme si ma peau devait laisser des traces, des preuves, montrer aux autres tout ce que j’ai caché pendant ces années.

Petit à petit y a des conséquences qui s’effacent, qui s’éliminent, et d’autres qui apparaissent. Je me demande quand cela va finir, va cesser, peut-être qu’avec les années, ça va s’atténuer je ne sais pas.

En réfléchissant, sur l’enfance je me rappelle, quand j’avais des problèmes avec la nourriture, là, j’ai une image qui me passe par la tête, c’est, on est en vacances en camping, je me vois sortir de la toile de tente, aller un peu plus loin et me faire vomir, et c’est vrai que cette image là me revient souvent, j’y pense souvent, parce qu’on disait que j’étais une comédienne. Alors voilà aujourd’hui, je souris juste un peu. Et c’est vrai que maintenant, s’il y a quelque chose que je digère mal, ou qu’il me semble que j’ai un peu trop mangé, enfin entre guillemets, parce que chacun à sa notion de trop manger ou pas, et bien ça ne me gêne pas, je peux aller facilement me faire vomir.

Comme j’ai entendu parler des intestins, ça me rappelle que j’en ai et qu’ils se font pas oublier ceux là, les miens aussi, je dirais que cela en devient presque banal, parce que ça fait x année qu’ils me donnent des soucis, mais j’en prends conscience que depuis très peu de temps, quelques années quand même mais je ne relevais pas plus que ça avant. Mais c’est vrai que d’aller aux toilettes c’est un gros problème. Je ne peux plus faire naturellement, il me faut une aide manuelle, s’en est jusque là. Le jour où j’y arrive naturellement, comme tout le monde entre guillemets c’est hourra !! Car c’est soit constipation ou diarrhée.

L’autre jour, j’avais rendez-vous au tribunal avec mon mari, ça été l’angoisse, il a fallut que je repère les toilettes dés en arrivant car les émotions me font aller aux toilettes, et là vaut mieux que j’y cours direct. Enfant, je ne me rappelle pas si j’ai eu ce problème, je ne sais pas du tout. Je ne m’en rappelle pas.

Par contre autre conséquence, je n’y pensais pas non plus, c’est les phobies, c’est une torture physique et psychologique. Les amis qui me connaissent bien, savent comment je réagis, par exemple lors d’un déplacement en train, je me suis trouvée complètement bloquée, figée, malade, étouffant dans le sasse à ne pas pouvoir descendre du train, donc le train m’a emportée jusqu’au prochain arrêt. Quand je rentre dans un train, je me sens prisonnière, je ne contrôle plus du tout ce qui se passe, donc cela je le vis très mal, le train m’emporte, alors je dois me faire violence, dés que j’entends l’annonce de la prochaine gare, faut que j’arrive à me lever de mon siège, que je traverse le wagon rempli de monde, que j’aille jusqu’au sasse, et à l’arrêt que je trouve la force de tambouriner dans la porte pour déclencher l’ouverture et sortir. Cela me demande un travail de concentration, c’est épuisant. Et je peux vous dire que la porte a intérêt de s’ouvrir pour que je sorte, sinon c’est presque des coups de pieds dedans pour que je sorte. Mais voilà j’arrive maintenant à sortir à la gare que j’ai choisi de descendre, mais pas sans effort encore. Il y a du progrès, mais ça ne se fait pas encore naturellement. C’est des grosses suées pendant une heure, des boules dans la gorge également avec une sensation de froid et c’est assez constant cette sensation et je bois aussi pour faire passer cette sensation. Mais je ne pensais même pas à en parler, parce que ça fait tellement longtemps, que cela fait partie de ma vie, donc c’est presque naturel pour moi de vivre avec ça.

Comment j’ai fait le lien entre ces conséquences et l‘inceste, et bien en premier temps, je ne l’ai pas vu de moi-même, il a fallu que ce soit des thérapeutes qui m’ouvrent les yeux, qui me disent que tout ce que je ressentais, que tout ce qui sortait de moi, tous les maux et les malaises qui, que j’exprimais, venaient de l’inceste vécu, de mon passé. Parce qu’autrement, j’étais incapable de savoir que ça venait de l’inceste.

Après, il y a également, quand j’ai commencé à contacter une association, j’ai eu des titres de livres à lire, et depuis que je m’intéresse à cette problématique, je lis beaucoup, j’ai jamais autant lu de ma vie, et pourtant j’aimais lire bien avant tout ça déjà. C’est une source d’information incroyable et ça me fait presque peur, enfin cela me faisait peur au début, maintenant, j’ai l’impression d’être blindée.

Mais c’est vrai qu’au début, je me disais, on est que des nids de conséquences. Faut pas avoir peur, je n’ai pas eu peur de lire, j’ai su faire le tri, et relativiser et cela a été important, parce qu’au départ, je me disais, mais plus j’avance, plus j’ai l’impression de m’enterrer, parce que je prenais conscience de mon vécu, et des maux que je ressentais. Alors que m’ont dit les soignants, il fallait que je prenne confiance en moi, à chaque, c’est que j’allais aller mieux, mais prendre confiance en soi quand j’ai été, moi pendant des années abaissée, mise à l’image d’un objet, je dirais maintenant, qu’il y a que très très peu de temps que j’arrive à dire JE SUIS une personne, je ne suis pas la chose d’untel ou de mon mari, j’ai mes droits à part entière, j’ai le droit de vivre, j’ai aussi le droit à des plaisirs, je n’ai pas à avoir les miettes de l’emploi du temps de la famille, je dois faire ma place en tant que femme, en tant que mère et en tant qu’être humain dans ce monde.

A une époque, travailler à l’extérieur, non non, j’étais restée sur l’image de ma mère, soumise, et au foyer. Mais depuis que j’avance, je sens bien que là, j’ai besoin de m’évader, d’aller au contact des autres, de gagner mon propre argent, j’ai besoin de parler. Une fenêtre ouverte, je suis comme un oiseau qui s’envolerait d’une cage quoi. C’est basta, salut, j’ai besoin de vivre. Donc, les soignants au départ, je ne sais pas, d’abord des soignants, j’aime pas ce terme, je ne sais pas trop comment l’exprimer, là à chaud, mais je ne me rappelle pas qu’ils m’aient dits grand-chose en faite les soignants.

Je ne sais pas encore si j’arrive à dépasser ces conséquences, parce que de toute façon, je suis consciente que je ne vais pas en guérir mais apprendre à vivre avec ce qui en découle. J’ai dépassé certaines conséquences, mais d’autres sont arrivées depuis, donc les dépasser, ça voudrait me dire, que je n’aurai plus rien qui fait que je me sente mal, que je n’aurai plus de traces, mais en faite à ce jour j’ai encore des maux, donc je n’ai pas dépassé ces conséquences, mais je réagis mieux face à ces conséquences car je me documente, je suis entourée aussi, cela est très important.

Je suis consciente aussi que l’inceste laisse des traces même si j’apprends à vivre avec. Le psy à ma dernière séance m’a dit que je n’en guérirai pas MAIS que j’ai déjà appris beaucoup à côtoyer et à vivre avec, je ne pleure plus quand j’en parle, je suis capable d’aider les autres victimes, vous êtes résiliente, je me trace un chemin, c’est vrai, donc ce que je viens de vous nommer est dépassé, mais il me reste encore plein de choses à dépasser. Il y a des choses que j’ai réussi à contourner, que je fais un pied de nez. Je peux dire que j’ai dépassé certaines réactions mais les conséquences en elle-même, tout ce qui est maladie, toutes les maladies qui sont des conséquences dues au vécu de l’inceste et bien pas encore, pas à ce jour. Je ne les ai pas dépassées étant donné qu’elles me gênent encore pour vivre naturellement, normalement. Par contre que vous ont dit les soignants, de ce que je me rappelle, ils m’ont pas dit grand-chose, parce qu’ils ont pour la plupart pas beaucoup de connaissance sur les conséquences justement.

Je vais revenir sur lien entre les conséquences et l‘inceste ? Je dirai que le lien que je fais de plus en plus c’est la coupure avec certaines personnes de la famille, même si elles sont un peu éloignées, c’est-à-dire, une de mes cousines, qui a été aussi violée à plusieurs reprises par le même homme qui m’agressée, je ne la vois plus parce que, quand elle me voit, ça lui rappelle trop l’image et les mauvais souvenirs, qu’elle a vécue à mes côtés. Parce que quand elle se faisait violer malheureusement, elle était couchée à côté de moi, on aimait bien dormir ensemble dans le même lit, on écoutait de la musique, on rigolait enfin bref, c’était un partage entre cousine, on se racontait des histoires, on se faisait, on était gamine quoi, mais malheureusement dans la nuit il y avait le vilain loup qui venait dans notre lit, et violait ma cousine, et cela plusieurs fois et à mes côtés, il m’arrivait de me réveiller, de pas trop comprendre que le moment ce qui se passait, et ensuite ben voilà. Lui me faisait, chut rendors toi, et elle a côté subissait. Voilà, les conséquences de l‘inceste, il y a une coupure par rapport à certaines personnes dans la famille que l’on aime bien, ça, ça me rend amère, c’est un peu douloureux de ne plus avoir ce contact avec cette cousine. J’ai essayé de la contacter plusieurs fois, elle m’a répondue, mais je sais par sa sœur qu’elle m’aime beaucoup mais pour elle s’est une façon de se protéger en me voyant plus. Elle m’a fait un appui écrit pour la justice, pour m’aider dans mes dossiers, mais voilà, c’est tout ça s’arrête là. J’en parle aussi avec sa sœur ainée, qui, elle a essayé de lui en parler, de lui comprendre que moi aussi, je souffrais de cette coupure. Mais je lui ai dit de lui dire, que je comprenais très bien sa réaction. Voilà l’inceste c’est une grosse tempête, un gros dégât qui se fait à tous les niveaux, et c’est lamentable, triste et quand j’y pense, je me dis, car je sais qu’elle culpabilise beaucoup, parce qu’elle savait que je subissais aussi donc elle culpabilise de ne pas avoir dit à ses parents ce qui se passait. Si, elle avait dit pour moi, elle en serait peut-être venue à le dire aussi pour elle, les conséquences auraient été moins longues, moins lourdes. C’est tout ce cercle vicieux qui a fait qu’on en est là aujourd’hui. Cela est un lien que je n’avais pas relevé au départ mais plus les années passent, je pense qu’en vieillissant j’ai besoin de m’attacher un peu à certaines personnes. Cela est un très très gros regret. La coupure avec cette cousine me créait un manque parce que j’avais une belle complicité avec elle.

Comment j’ai dépassé l’inceste? Je suis rentrée dans une association, j’ai osé dire, je suis P….., j’ai subi mais sans nommer car mon histoire est prescrite, mais c’était quelque chose qui me tenait à cœur de dire LUI il m’a fait ça, et ça pendant près de quinze ans, c’est pas rien quand même, c’est très long. Donc je voulais dire que j’avais été victime mais tout aidant les autres victimes. J’ai fait quelques interviews, ce n’est pas que j’aime, même pas du tout, et quelques témoignages sur les journaux, et j’aide les autres victimes au sein d’un groupe de parole. Dire et me montrer, ne plus me cacher, ne plus avoir honte, aller au devant des autres, à la rencontre des autres, ça c’est dépasser l’inceste et ses conséquences, enfin une partie. Tout cela n’a pas été facile, il a fallut que je me booste. Mais je ne considère pas avoir dépassé les conséquences, car elles sont encore là, je les vis encore.

Toute ma vie, le souvenir de ce qui s’est passé m’a hanté

Je suis un homme de 43 ans, abusé et violé à de multiple reprises par un homme à l’age de 7 ans qui a aussi abusé de ma sœur et de 4 autres enfants de l’époque. Toute ma vie, le souvenir de ce qui s’est passé m’a hanté, bien que ma situation de vie personnelle ait pu paraître très « normale » (aux yeux de Mr Ruffo). Tout est remonté il y a peu, tout, l’horreur de l’agression, la honte, la violence, le dégoût, l’impression de n’être plus rien qu’un objet, un bout de viande… bref la banalité des conséquences classiques des viols sur enfant.
Mais pour ma part, et pour tous les autres enfants de l’époque, dont aucun ne parle, rien ne peut être fait car il y a prescription. Quand je suis allé à la police pour porter plainte, on m’a dit, texto : « Pour nous c’est comme s’il ne s’était rien passé ». Ce jour-là, j’ai failli mettre fin à mes jours, tant la violence d’une telle parole est destructrice chez quelqu’un qui a eu tant de mal à sortir du silence du tabou. Alors non, un non lieu ou un classement sans suite, ce n’est pas
une bonne nouvelle pour les victimes, comme le sous-entend le Pr Ruffo.
C’est tout le contraire. C’est la fin du monde, car c’est le signe que la société ne veut pas prendre en compte la victime qui doit retourner dans son monde de silence et d’enfermement, ce monde dont elle a eu tant de mal à sortir.

Etre victime, anorexique et maman

J’ai très tôt eu le désir d’avoir des enfants. Avoir un petit être que je pourrais aimer, et un petit être qui m’aimerais juste parce que je suis sa maman. J’ai rencontré mon mari en 2000, nous nous sommes mis en ménage très vite. Nous avons désiré des enfants très vite. Six mois après notre rencontre, nous décidions que j’arrête la pilule. Mais l’attente à été longue. Bien avant que j’arrête la pilule je présentait ma crainte à mon mari. Je pressentais que le fruit de notre amour ne viendrais pas aussi facilement que les autres couples de notre entourage. Au bout d’un an, nous avons commencer à nous inquiéter. Nous avons consulté, nous avons entrepris des traitements multiples…..

La grossesse je crois c’est bien passé. Je n’ai pas eu de crainte spécial. Je n’ai pas eu le temps de craindre….Le bébé ne grandissait pas bien dans mon ventre, j’avais attrapé un virus, et ce virus était au centre de ma grossesse. Enceinte je suis heureuse, je me sens bien, je ne pense a rien d’autre qu’a ce bébé qui pousse en moi. Je ne vis pas que pour moi, mais je vis pour deux. Et ma première fille arriva en 2004. Sa naissance a bouleversé ma vie. Comme beaucoup de mamans je présume, mais moi c’était autre chose. Des craintes extrêmes me sont apparus. J’étais encore dans le déni, je ne compris pas vraiment se qu’il se passait en moi. Mes troubles touchaient seulement l’approche des autres envers mon bébé. Je refusais catégoriquement que qui que ce soit touche mon bébé. Je refusais qu’on la prenne dans les bras. Juste moi et mon mari après grande négociation. Je ne lâchais plus ce jolie bébé que j’aimais tant. Je ressentais une douleur à chaque fois que quelqu’un prenais mon enfant dans les bras. Je souffrais tellement qu’un mois après on décide de déménager. Nous vivions à Toulouse, et nous sommes repartie en régions parisienne. J’avais besoin de m’isoler loin de la famille de mon mari qui était à mon goût beaucoup trop étouffante et me rapprocher de ma mère.

J’ai allaitée ma fille pendant un an. La petite à dormit avec nous dés son premier jour. J’avais besoin de la sentir prés de moi, je n’étais rassurée que si elle était auprès de moi. J’ai créer avec ma fille une relation très fusionnelle, beaucoup trop. Mais j’avais besoin de cette relation. Je croyais la protéger mais je savais pas de quoi je voulais la protéger. J’ai aussi rencontré un autre problème. Je confond l’autorité et l’abus d’autorité. Ce qui n’est pas un mince souci dans l’éducation d’un enfant. Je ne supportais pas de la frustrer. De nombreuses disputes avec mon mari sur ce sujet, ma fait deviner que quelque chose ne collais pas .

Je suis sorti du déni dans la deuxième année de  ma fille. Cela à été un moment de sa vie qui je pense à été la pire autant pour elle que pour nous. J’ai fait de nombreuses tentatives de suicide dont une qui m’a valu trois semaines d’hospitalisations. Aujourd’hui elle a 5ans et dors toujours avec nous. J’ai toujours été et je suis toujours son doudou vivant. Elle est en thérapie depuis deux ans. C’est une petite fille intelligente, qui a la parole facile. Suite à mon problème d’autorité elle avait de grave troubles du comportement. On ne savait plus qui était la mère et qui était l’enfant. Ma fille prenais mon rôle en voulant me protéger de toutes mes souffrances. Je disais toujours que je ne métrais jamais ma fille à l’école, heureusement ma thérapie m’a fait avancer la dessus aussi . Les deux première années de sa scolarité à été une catastrophe, elle refusait d’aller à l’école , elle ne s’imaginait pas me laisser seule et moi croyant que la meilleur chose était de la garder avec moi. Cette année l’école c’est passé comme nous le rêvions. Que du bonheur. Tous ça est derrière nous. Le seul bémol actuellement avec ma petite puce c’est qu’elle dort toujours avec moi. Elle a toujours de grosses angoisses de séparation, mais elle avance en même temps que moi j’avance.

Pour ma deuxième fille c’est moi qui la voulais plus que tout. En revenant de mon hospitalisation, après ce choc terrible, j’eus besoin de tomber enceinte, nous avons donc fait une insémination, même si le papa n’était pas très pour cette grossesse. Il pensait que c’était bien trop tôt. Mais moi je le voulais plus que tout. L’insémination à mon grand bonheur à fonctionner dés le premier coup. Je suis tombé enceinte avec mes 44 kg . J’ai vécu ma grossesse comme la première, à me concentrer seulement sur ce petit bou qui poussais en moi. Je savais que j’allais encore avoir une fille, je le pressentais. Pour cette grossesse, l’anorexie était bien présente, je n’ai pris que 4kg. Au fil de ma grossesse j’avançais avec ma thérapie pour ne pas créer une deuxième relation trop fusionnelle. Pour la grossesse j’avais arrêter tout traitement et la cigarette. Je n’avais qu’un tout petit anxiolytique en cas de grosse crise d’angoisse. Ma deuxième fille est née en décembre 2006. Un vrai bonheur que je ne saurais expliqué. Je n’ai pas pu allaiter cette petite puce qui à été très malade à huit jours et qui c’est fait hospitalisé deux semaines. Lors de son hospitalisation, je suis rester à son chevet 24h sur 24. Je refusais de sortir et de la laisser seule au mains de n’importe qui. J’ai très mal vécu de ne pas pouvoir allaiter ce bébé. C’était mon rôle de maman et je culpabilisais beaucoup. Ma deuxième fille a dormis tout de suite dans son lit. Jusqu’à ces dix huit mois ça se passait très bien. Mais un jour, à la fête des mères de 2008 ma grande décide de me faire un beau cadeau et réussi a dormir seule dans son lit. J’étais super fière même si moi je le vivais mal. Les filles donc dormaient dans la même chambre. La plus petite supportais mal « l’intrusion de sa sœur » dans la chambre. Elle nous fi un mois de nuit blanche jusqu’à ce que je craque et que je la prenne à son tour dans notre lit. Mais la grande n’avais pas dit son dernier mot et voyant sa sœur dormir avec nous, nous avons fini à quatre dans le lit. Actuellement les filles dorment toujours avec nous. Bien sur je sais que ce n’est pas une solution et je souhaite de tout mon cœur que chacun d’entre nous trouve sa place.

Être Maman après l’inceste n’est pas une mince affaire. C’est difficile d’éduquer un enfant quand moi même je n’ai pas eu d’enfance. Je ne veux que leur bonheur, ça c’est une chose. Mais ce que j’ai appris c’est que le bonheur n’est pas en leur faisant que plaisir. Ils ont besoins de limites, mais les limites me font peur. Et surtout mes limites sont perturbés. Dans mon enfance les limites n’étaient pas mise à bon escient. Je suis prise de beaucoup de culpabilité dans ce parcourt de maman. J’ai une thérapie qui m’aide à poser des limites, les bonnes limites où il faut. Je suis prise d’angoisse au moindre bonhomme qui rôde autour de l’école, de peur qu’on m’enlève ma fille. Je suis en permanence obliger de prendre sur moi pour pouvoir sortir mes enfants, que ce soit dans le parc en bas de chez moi, ou que je doive prendre les transport en communs.

Aujourd’hui nous voulons un troisième enfant, ça fait un an que nous faisons des traitements. Déjà trois inséminations à ce jour sans succès. La dernière à fonctionner mais malheureusement, le bébé n’a pas tenu. Je ne pèse que 41 kg, j’ai beaucoup de trouble, des trouble de l’humeur et de comportement. Mais j’apprends petit à petit a vivre avec , en fonction de ma famille. Mes enfants sont ma force ! Que serais je sans leur amour? Sans ces petits êtres que j’aime de tout mon cœur ? Ce que je sais c’est que leur existence m’a fait prendre conscience de beaucoup de chose et que grâce à cela j’avance à grand pas.