SARAH TELLIER

En passant

  Le premier livre de SARAH TELLIER 

 

« À l’aube de mes trente-six printemps, je perds l’envie de vivre… »

SARAH TELLIER
Correctement éduquée à l’air sain de la campagne, pétillante et enjouée, Sarah aime la vie et ses petits bonheurs simples. Rien ne laisse présager ce qui l’attend : malmenée par la vie, son parcours est semé d’embûches. Les agressions, trahisons et injustices qu’elle subit deviendront un combat où il sera davantage question de survivre que de vivre. Battante dans l’âme et de nature optimiste, elle se relève toujours, à chaque blessure, à chaque bataille, jusqu’au jour où, la coupe étant pleine, elle est sur le point de rendre les armes… 
L’histoire de Sarah nous rappelle que personne n’est à l’abri. L’existence peut basculer n’importe quand, n’importe où, chez n’importe qui…
 
« Hélas, ça n’arrive pas qu’aux autres, ça peut vous arriver à vous, tout comme ça m’est arrivé à moi. Pour preuve : voici mon histoire, une histoire vraie… »
Vous pouvez le commander soit :

 

 

Sur sa page facebook en cliquant sur le bouton " acheter "

Sur sa page facebook en cliquant sur le bouton  » acheter « 

En version papier

En version papier

En version électronique kindle

par format électronique kindle

ACCUEIL

Alexandra

C’est une histoire triste mais dont la fin n’est pas encore écrite. Vous me direz que mon histoire a déjà été racontée. Non, car chacun est unique et chacun vit différemment ces drames que sont l’inceste et la pédophilie. Chacun a le droit de témoigner et de faire éclater le silence, de sortir de l’ombre qui l’étouffe. Comment peut-on guérir et s’épanouir dans l’ombre ?

Alexandra est mon prénom, un prénom prédestiné puisqu’en grec il signifie celle qui combat et protège les hommes.
Le premier homme de ma vie fut mon géniteur que je n’ai jamais appelé papa bien qu’il ait fait partie de mon existence jusqu’à mes 7 ans. Je ne l’ai jamais aimé. Instinctivement je l’ai repoussé, rebutée par sa violence engendrée par son alcoolisme profond. Une violence plus verbale que physique pour l’ensemble de ma famille, c’est-à-dire, ma mère, mes trois frères et moi, la petite dernière, la seule fille.

J’étais joyeuse, toujours souriante, malicieuse mais je gardais un secret.
Ne rien dire, ne rien montrer pour ne pas provoquer sa colère, pour protéger ma famille. Je pleurais toujours cachette. J’étais un brave petit soldat qui vivait le drame de l’inceste.

Ma mémoire n’est encore composée que de fragments plus ou moins importants, plus ou moins précis de ce cauchemar bien réel. Mon corps, lui, se rappelle de tout. Les années passent et les souvenirs remontent à la surface, surtout depuis mon vrai premier petit ami, à l’âge de 23 ans.
Par moment, c’est comme revivre le passé, redevenir une petite fille qui avait des hallucinations, qui la nuit faisait d’horribles cauchemars, qui avait peur.

Ma mère qui à l’époque ne se doutait de rien (et non parce qu’elle ne voulait pas voir, de cela j’en suis certaine car si elle avait découvert la vérité, elle aurait réagi), a courageusement quitté mon géniteur avec ses quatre enfants lorsque j’avais 6 ans.
A l’âge de 7 ans, ma mère lui a interdit toute visite pressentant alors un danger. Elle comprenait qu’il aurait pu nous tuer avec un de ses fusils qu’il affectionnait tant ou en voiture qu’il conduisait en état d’ivresse avancé, qu’il aurait pu abuser de moi (sa fille ainée d’un premier mariage, que je n’ai jamais connue, avait alors avoué avoir été violée à l’âge de 10 ans par notre géniteur.

Un de mes frères avait rapporté que lors des visites, il me courait après autour de la table jusqu’à m’attraper pour me serrer fort contre lui d’une manière qui n’avait rien de paternelle), mais elle ne savait pas qu’il avait déjà commencé et là encore je n’ai rien dit. Je me suis juste permis de pleurer sans me cacher.

Celui qui aurait dû être mon père, mon papa, a violé mon innocence, il a cassé quelque chose en moi, il m’a empêchée de bien me construire psychologiquement, socialement, émotionnellement et physiquement.

C’est un des crimes les plus odieux qui soit. J’ai pu lui pardonner et comprendre sa violence, son alcoolisme mais beaucoup plus difficilement son comportement incestueux même si tout est lié.
Longtemps j’ai voulu le tuer et je sais que si ma mère n’était pas partie, je l’aurais fait.

Je suis plus apaisée aujourd’hui, plus dans une démarche de compréhension et de pardon même si parfois un sentiment de colère, d’injustice et de tristesse ressurgit.

La route est longue pour guérir de cette terrible blessure d’autant que j’ai un trouble de la personnalité limite et d’autres problèmes de santé dont mon géniteur est la cause première. D’autres hommes (un oncle, un épicier…), d’autres prédateurs, reniflant ma blessure, m’ont fait subir des attouchements. Cette blessure m’a desservie dans ma vie amoureuse, dans ma vie en général.

J’ai entrepris un long et difficile travail pour que ces drames du passé ne dominent plus ma vie. Je crois que c’est quelque chose qu’il laisse des traces jusqu’à votre mort même si on parvient à la résilience, à se reconstruire. Je me bats chaque jour et je ne me tais plus.

Ma maman sait. Ca a été dur pour elle, mais elle n’a pas douté un instant de ma parole contrairement à mon frère ainé. Mes deux autres frères préfèrent ne jamais en parler. Lorsqu’un de mes oncles, pourtant connu pour sa perversité, avait essayé de me toucher à l’âge de 11 ans, ma mère et ma grand-mère maternelle n’avaient pas remis en doute ma parole mais mes tantes m’avaient traitée de menteuse, de salope. Il est important que la victime soit entendue et reconnue.

Avec la prescription je ne peux plus porter plainte contre mon père. S’il était encore vivant, j’aurais aimé pouvoir le faire. Il est mort seul de son alcoolisme dans une maison de retraite. Lorsque je l’ai appris, j’ai versé une larme et j’ai ressenti un immense sentiment de gâchis.

Aujourd’hui à 33 ans, je désire pouvoir commencer une autre vie, être libérée du passé. Je désire que la petite fille qui est en moi se sente protégée. Pour moi c’est une étape importante de témoigner. Il reste tant encore à faire contre l’inceste et la pédocriminalité. Un jour peut-être, je serai en mesure d’apporter mon aide.
Comme je l’ai déjà dit, la fin de l’histoire n’est pas encore écrite.

Alexandra

J’ai grandi dans une famille particulière

J’ai adopté 6 enfants qui ont maintenant 21, 19, 18, 12, 10 et 4 ans. Ils sont arrivés à la maison entre 3 et 12 ans. Le premier seul, puis 2 en fratrie, puis une fratrie de 3. Les trois premiers en adoption internationale, la fratrie de trois sont des pupilles de l’Etat. Ils ont tous eu un passé douloureux du fait de deuils et de ruptures familiales, mais aussi de maltraitances physiques et psychologiques.

J’ai grandi dans une famille particulière. Du côté de ma mère, son père et ses deux frères sont alcooliques et violent. Ma mère a été interné en hôpital psychiatrique plusieurs fois et a fait 8 tentatives de suicide entre ma naissance et mes 18 ans. Elle a aussi disparu à plusieurs reprise , la plus longue période a duré 8 mois, j’avais 5 ans. Elle alternait des périodes de violence physique et verbale avec des périodes dépressives où elle restait dans son lit avec une bouteille de vodka. Mon père n’a jamais rien vu. Un des frères de ma mère a abusé sexuellement de moi alors que j’avais entre 3 et 5 ans. Vers 5 ans, mon demi-frère, qui a 8 ans de plus que moi à commencer à son tour. Il a commencé à me faire fumer et boire du rhum vers 8 ans. Nous déménagions très souvent, si bien que du CP à la troisième j’ai fréquenté 9 établissements scolaires différents, ce qui explique partiellement que je n’ai jamais parlé à personne ni qu’aucun enseignant n’ait signalé quoique ce soit. Cela a duré jusqu’à mes 15 ans. A cette époque, j’ai vécu un été entier avec lui. Il vivait du trafic de drogue. Non seulement il me violait quotidiennement, mais il m’a aussi « partagé » avec d’autres hommes. Il avait le projet de me prostituer. A un moment, j’ai cru être enceinte de lui car j’ai eu un retard de règles. Cela a duré plusieurs semaines, qui ont sans aucun doute été les pires semaines de ma vie. Je ne savais pas quoi faire. Je n’avais pas conscience que ce que je vivais relevait de la justice. Pour moi, c’était une histoire familiale, privée. Les seules alternatives que je parvenais a imaginé c’était soit le suicide, soit un médecin pour un avortement. Mais, je ne pouvais pas me résoudre à aller voir un médecin car je me disais qu’il me demanderait qui était le père, et je n’avais pas envie de répondre à cette question. Je suis allée plusieurs fois sur un pont avec l’idée de me jeter dans le fleuve, mais je me disais que je savais nager et qu’au dernier moment, je ne me laisserai pas mourir. Donc, j’ai attendu dans l’angoisse, un miracle. Et finalement, après 6 semaines d’attente, il y a eu un miracle, j’ai été réglé. Le soulagement a été immense. Mais, je me suis dit que je ne voulais plus jamais connaitre cette angoisse. Et je me suis enfuie de chez mon frère. Je suis retournée, en train, chez ma mère (mes parents étaient séparés). Elle ne m’a rien demandé. Cela faisait plus de trois mois que mon frère était venu me chercher, je suis arrivée en déclarant qu’il était l’incarnation du Mal. Mais, elle ne m’a pas répondu, et ne m’a posé aucune question. Je crois qu’une partie de moi aurait aimé qu’elle m’interroge.

C’était quelque jours avant la rentrée scolaire. Je ne supportais plus non plus ma mère. J’ai donc demandé à être interne, alors que le lycée était à 2km de la maison. A partir de cette époque j’ai tout fait pour être le moins souvent possible à la maison. Je passais la plus grande partie du week end chez des agriculteurs que j’ai fini par considérer comme ma famille .Ils ont été mes témoins de mariage, je suis le témoin de mariage de leur fille, et mon mari le parrain d’une de leur petite fille etc… J’ai été hospitalisé quelques semaines après la rentrée pour des violents maux de ventre. Une échographie a conclu à un kyste à l’ovaire. Mais, le chirurgien n’a rien trouvé lors de la laparotomie. Ce ne sera que 7 ans plus tard que d’autres examens révèleront que ce qui avait été trouvé à l’échographie était en fait un méningocoele sacré. J’ai eu du mal à me remettre de l’intervention. Je suis restée dans une sorte de coma pendant 3 jours après l’anesthésie, sans aucune envie de me réveiller. J’entendais ce qui se passait mais je ne bougeais pas. Je savais que les médecins étaient inquiets et ne savaient pas quand j’allais me réveiller. Mais, je me sentais bien ainsi et je ne voulais pas faire l’effort de remonter à la surface. C’est une infirmière qui m’a parlé, en me disant qu’elle avait elle aussi était opérée et qu’elle comprenait que c’était difficile mais qu’il fallait que je me réveille, c’est elle qui m’a décidé à me réveiller .Mais il s’est encore passé 24 heures entre ce qu’elle m’a dit et mon retour à la conscience. Je me suis ensuite consacré à mes études, parce qu’il n’y a rien qui occupe aussi bien les neurones qu’un problème de mathématique. J’y ai réussi. J’ai fait une classe préparatoire, puis une grande école où j’ai rencontré mon mari.

Au début de mes études, des coliques néphrétiques ont été l’occasion d’examen complémentaire, et j’ai ainsi appris la présence du méningocoele qui m’interdisait toute grossesse.

C’est naturellement que mon mari et moi avons décidé que nous adopterions. Avec la logique: s’il y a des enfants sans parents et des parents sans enfants, il est normal qu’ils se retrouvent. C’est d’ailleurs pour cela que nous nous sommes mariés avant même la fin de mes études (il fallait à l’époque 5 ans de mariage pour adopter). Et dès la fin de mes études, nous avons démarré les démarches auprès du conseil général. J’avais très envie d’avoir un enfant. Mais, je n’arrivais pas à m’imaginer mère d’un bébé. J’avais très peur de mal faire sans le vouloir, de le faire souffrir, de ne pas savoir ce dont il avait besoin .Aussi, je me disais que ce serait plus facile s’il savait déjà marcher et parler. Ainsi, pourrait-il mieux se défendre , serait-il moins vulnérable. J’avais même franchement peur des bébés. Pendant des années je me suis arrangée pour ne jamais en tenir un dans les bras. Le premier que j’ai pu prendre dans mes bras , j’avais 42 ans! De toute façon , j’avais d’énormes doutes sur mes capacités à être mère, et j’ai donc très bien vécu la procédure pour obtenir un agrément. Pour moi, cela me rassurait: des professionnels jugeaient objectivement que je pouvais être mère. Néanmoins, lorsque l’avion a décollé pour le Vietnam où nous allions chercher notre premier enfant, j’ai demandé à mon mari s’il ne croyait pas que nous faisions la plus grosse bêtise de notre vie. Heureusement, j’ai un mari solide, sûr de lui, et qui a eu une enfance heureuse dans une famille simple. Il a dès ce moment été mon référent, celui qui pouvait me ramener au « normal », celui sur lequel je pouvais me reposer quand je doutais trop. Il m’a toujours servi de référence dans mon rôle de parent. Celui a qui je peux demander: « est ce normal de… »

Dès que j’ai vu mon fils (il avait trois ans), il est devenu mon fils. Ce fut immédiat. Mon affection pour lui (et pour les 5 autres) a été beaucoup plus facile à gérer que mon affection pour mon mari. Sans doute parce que rien ne m’interdisait de les aimer pleinement.

Ensuite, nous avons adopté 2 autres enfants, un peu plus âgés, ayant souffert de maltraitance physique, sur Madagascar.

Puis, cinq ans plus tard, j’ai du être opéré du méningocoele qui s’était mis brutalement à grossir. C’était une époque difficile psychologiquement pour moi, cela faisait 2 ans que j’avais commencé une thérapie, et je vivais à l’époque dans la peur panique que mon frère vienne me tuer puisque j’avais parlé. L’opération était risquée (20% de décès). Mais, tout c’est bien passé, et je me suis doucement remise. Une fois que j’avais récupéré, il était évident que plus rien ne s’opposait à une grossesse. J’avais 37 ans. Il y avait donc une petite fenêtre de tir. J’étais partagée. Une partie de moi avait envie d’être enceinte, surtout pour mon mari, mais une autre partie était complètement paniquée. C’est à cette époque que j’ai tout à fait pris conscience de la peur que m’inspirait les bébés. J’ai fait des tas de cauchemars. Je ne me sentais pas capable de m’occuper d’un enfant qui dépendrait totalement de moi. Je me sentais potentiellement dangereuse . ET puis, l’idée d’être enceinte me renvoyait à cet été avec mon frère, je ne pouvais pas être enceinte d’autre chose que d’un monstre. Je ne suis pas tombée enceinte. Mon gynécologue a envisagé un traitement , mais les démarches pour la PMA m’ont paru extrêmement intrusive, je ne les ai pas supporté, je ne me suis rendue qu’à un seul rendez vous. A 39 ans, suite encore à des douleurs importantes, une coelioscopie a mis en évidence une endométriose de stade IV. Traitement obligatoire. Plus de grossesse possible. Et un peu de culpabilité de ma part parce que , somme toute, ça m’allait bien comme ça. Finalement, l’adoption, cela me permettait aussi de dissocier la relation sexuelle du fait d’être mère.

Nous sommes repartis sur un autre projet d’adoption, en souhaitant donner une chance à des enfants qui habituellement n’en ont pas. Ainsi, avons nous accueilli il y a quelques mois une fratrie de trois pupilles de l’Etat qui ont perdus à deux ans d’intervalles leur deux parents, puis qui ont du être retiré en urgence de la personne de leur famille qui les avait recueillis et qui les maltraitait gravement, à tel point que les services sociaux ont craint pour la vie de la petite fille. Ils ont connu les galères habituelles de bon nombre de fratrie de pupille de l’état (séparation de la fratrie, foyer, familles d’accueil successives etc..).

L’adoption a aussi été pour moi une façon de me rassurer parce que je me disais que ces enfants était gagnant même si je n’étais pas une très bonne mère, j’étais toujours mieux que la rue (pour les 3 premiers).

Pour la dernière fratrie, j’avais aussi peur , parce que comme l’âge limite que nous avions mis pour l’ainé était 10 ans (et en réalité, il en aura 11,5 au jour de l’apparentement), j’avais peur de me retrouver dans une configuration avec un ainé et un petit , bref quelque chose comme ce que j’ai connu enfant. Mais, je suis arrivée en travaillant dessus avec une psychologue à ne plus le craindre. Heureusement, parce que la fratrie que nous avons accueilli est composé de 2 garçons actuellement de 12 et 10 ans, et d’une petite fille de 4 ans. Finalement, c’est aussi très positif pour moi. En les regardant vivre, je m’aperçois que même avec une histoire difficile, un petit garçon peut rester un frère protecteur et attentionné pour sa petite sœur. Et comme si le sort s’amusait avec moi, il s’agit d’une demi-sœur (elle est née 1 an après la mort du père des garçons). C’était aussi mon cas, et mon frère (demi-frère…) jouait beaucoup sur ce point. Or, je vois bien qu’entre les enfants, dont plusieurs n’ont donc aucun lien de sang, cela ne change rien. Ils se considèrent pleinement comme frères et sœurs.

Je suis assez fataliste, et je ne crois pas qu’on puisse protéger les enfants de tout, il n’y a pas de vie sans risque. Sans doute, parce que chez moi le danger venait de la maison, je ne suis pas particulièrement inquiète lorsqu’ils sortent. Mais, j’essaie de leur expliquer qu’ils doivent se faire confiance, et qu’ils doivent refuser tout ce qui les mets mal à l’aise, et ne pas hésiter à en parler à un adulte. J’essaie d’éviter qu’ils s’imaginent ne pas avoir de valeur par rapport aux adultes. Bien sûr, en même temps, j’essaie d’avoir le comportement le plus cohérent possible, et de leur offrir un cadre fixe et sécurisant. Je suis persuadée que cela participe aussi à leur sentiment de sécurité. J’essaie d’être attentive à tout ce qu’ils ne disent pas avec des mots, et à leur laisser une liberté suffisante pour qu’ils fassent leur expérience et qu’ils grandissent tout en les protégeant sans être trop pesante. Je crois que tout est une affaire de juste milieu. J’ai beaucoup travaillé pour que mon histoire ne leur soit pas un poids. Ce fut d’ailleurs ma première motivation pour commencer une thérapie. Non pas pour moi, mais pour que mes enfants n’aient pas à souffrir de mon histoire.

Etre parent est pour moi ce qui est le plus important dans ma vie. Mes enfants sont ma priorité absolue. Pour des tas de raisons, celles que je connais, celles que je devine, celle dont je ne me rends pas compte. Mais, c’est certains que c’est en lien étroit avec mon histoire. D’abord parce que je ne supporte pas les injustices dont peuvent être victime des enfants. Cela me rend malade, presque physiquement. Entendre parler d’un enfant maltraité et j’ai l’ impression qu’on m’arrache les tripes. Ensuite, parce que je me dis que c’est une façon de donner un sens à mon histoire. Ce que j’ai vécu m’aide à comprendre ces enfants que la vie a malmenée. Je crois que si mon mari et moi nous réussissons bien dans nos adoptions, même si nous avons adopté des enfants traumatisés, c’est parce que nous nous complétons. J’ai la compréhension intime de ce qu’ils peuvent ressentir, et des réactions parfois paradoxales qu’ils peuvent avoir, mon mari à la stabilité, la force, d’un adulte qui a eu une enfance heureuse. Il nous évite à tous de sombrer dans la tristesse, la colère etc… Il témoigne de ce que peut être la vie, et de ce qu’elle devrait être. Il nous maintien dans la simplicité. De plus, il nous offre sa famille. Mes enfants ont ainsi la chance d’avoir des grands-parents qui les gâtent, des tantes et des cousins affectueux.