Mes deux parents sont médecins

Je suis une marocaine de 28 ans. Mes deux parents sont médecins.
J’ai été violée par mon père à l’âge de 6 ans. Il a convaincu ma mère ainsi que toute la famille que c’était de ma faute. Il m’a dit que je devais prendre des médicaments. Il m’a obligée durant toute mon enfance à prendre des médicaments. J’étais constamment fatiguée, avec la tête vide. Malgré tout, j’ai pu faire des études supérieures. Mon diplôme obtenu, mon père m’a internée en psychiatrie et m’a menacée pour que je ne parle pas. aujourd’hui ma famille veut de nouveau me faire interner. 
Pourrais-je m’en sortir, sachant que mes deux parents sont médecins et qu’ils ont le soutient de toute la famille? Ajoutons à cela le contexte socio-culturel marocain…

J’ai perdu l’usage de mes bras

Les conséquences physiques pendant l’enfance, ça remonte à loin, je dirais que physiquement, ce que je me rappelle le plus, c’est que, c’était de l’automutilation, je m’arrachais les ongles, j’avais les ongles très très rongés, j’avais des panaris régulièrement, donc je faisais très souvent des bains de doigts.

Je faisais également, j’ai vu ça dernièrement, il y a quelques mois, beaucoup d’infections urinaires, et j’étais également une enfant, qui refusait de manger donc, c’était un combat perpétuel à chaque repas. Dés que ma mère ou que quelqu’un d’autre avait le dos tourné, les boulettes de viande allaient sous la table, je n’aimais pas mâcher, ça me fatiguait. Beaucoup de relation négative par rapport à la nourriture. Là c’est seulement ce que je me rappelle pour l’enfance.

A l’adolescence, c’est ce que j’ai énuméré pendant l’enfance a continué. Donc dû à ce manque d’alimentation, enfin je pense que c’était dû à cela, j’étais très maigre. Et ce qui est arrivé à l’adolescence, je me rappelle très bien aussi, ce sont les difficultés pour le sommeil. Je dormais très mal, donc beaucoup de fatigue, beaucoup de cauchemars, la peur des autres aussi, la peur de faire des choses, de me lancer, de prendre la parole en classe, tout le temps avec des maux de ventre qui me menaient assez régulièrement à des évanouissements. Donc souvent à l’infirmerie au collège. D’ailleurs, je me rappelle on mettait ça sur le dos, des premières règles, han la pauvre elle est fragile.

Autrement à l’âge adulte, je peux dire qu’il y a toujours ces choses là, les ongles j’ai arrêté de les ronger en 2008, à ma dernière opération de bras. Je ne sais pas s’il y a une relation ou pas. C’était le bras gauche, enfin peu importe, c’est assez récent. A l’âge adulte la conséquence physique la plus dure a été la perte d’usage de mes bras. Je suis suivie psychologiquement pour arriver à gérer ces émotions. Là actuellement je suis en kinésithérapie pour essayer de nouveau la chirurgie. Peut-être aller consulter un neurologue voir si on peut essayer de me soulager à ce niveau là. Autrement, j’ai toujours des difficultés avec la nourriture. Anorexie ou boulimie, un peu les deux.

Les conséquences physiques, c’est en rapport avec mes problèmes de bras, par exemple lorsque je dois subir une intervention chirurgicale, je voudrais parler de ma réaction avec l’anesthésie. Je réagis très mal. Pour moi c’est une sorte de soumission, car j’ai été menacée longtemps, par mon principal agresseur, si je me laissais pas faire, il voulait m’endormir avec du chloroforme sous le nez. Le faite, d’être anesthésiée pour me faire opérer était une sorte de rappel de mémoire, dû au, enfin à ce que j’ai vécu dans mon passé. Et le faite que j’accepte cette anesthésie pour me faire opérer était une soumission, donc suite à cette intervention j’ai toujours eu une très grosse prise de poids. Et souvent aussi cela me fait aussi ressurgir des souvenirs que j’avais complètement occultés. Cela m’a fait repenser à l’histoire de cette femme que tout le monde a dû entendre, qui a revécu l’histoire du viol qu’elle avait oublié.

Voilà, donc je pense que les conséquences physiques sont assez profondes. Autrement aussi, en conséquences physiques à l’adolescence, tout début d’âge adulte, ont été de vouloir atteindre la paix, c’est-à-dire, mettre fin à mes jours, me suicider quoi. J’ai fait une tentative mais je pense que c’était plus un appel au secours parce que j’ai appelé le médecin traitant à qui je me suis confiée, je m’en rappelle. Et lui maintenant de son côté soutient mon agresseur, cette espèce d’ordure, mais bon, ça c’est autre chose. Et depuis à peu près deux ans, je ne sais pas pourquoi, j’ai tendance à me gratter, je m’arrache la peau, dés qu’il y a un bouton, je gratte, j’empêche la cicatrisation, j’ai des marques partout, et en plus ma peau marque facilement, donc ce n’est pas beau. Comme si ma peau devait laisser des traces, des preuves, montrer aux autres tout ce que j’ai caché pendant ces années.

Petit à petit y a des conséquences qui s’effacent, qui s’éliminent, et d’autres qui apparaissent. Je me demande quand cela va finir, va cesser, peut-être qu’avec les années, ça va s’atténuer je ne sais pas.

En réfléchissant, sur l’enfance je me rappelle, quand j’avais des problèmes avec la nourriture, là, j’ai une image qui me passe par la tête, c’est, on est en vacances en camping, je me vois sortir de la toile de tente, aller un peu plus loin et me faire vomir, et c’est vrai que cette image là me revient souvent, j’y pense souvent, parce qu’on disait que j’étais une comédienne. Alors voilà aujourd’hui, je souris juste un peu. Et c’est vrai que maintenant, s’il y a quelque chose que je digère mal, ou qu’il me semble que j’ai un peu trop mangé, enfin entre guillemets, parce que chacun à sa notion de trop manger ou pas, et bien ça ne me gêne pas, je peux aller facilement me faire vomir.

Comme j’ai entendu parler des intestins, ça me rappelle que j’en ai et qu’ils se font pas oublier ceux là, les miens aussi, je dirais que cela en devient presque banal, parce que ça fait x année qu’ils me donnent des soucis, mais j’en prends conscience que depuis très peu de temps, quelques années quand même mais je ne relevais pas plus que ça avant. Mais c’est vrai que d’aller aux toilettes c’est un gros problème. Je ne peux plus faire naturellement, il me faut une aide manuelle, s’en est jusque là. Le jour où j’y arrive naturellement, comme tout le monde entre guillemets c’est hourra !! Car c’est soit constipation ou diarrhée.

L’autre jour, j’avais rendez-vous au tribunal avec mon mari, ça été l’angoisse, il a fallut que je repère les toilettes dés en arrivant car les émotions me font aller aux toilettes, et là vaut mieux que j’y cours direct. Enfant, je ne me rappelle pas si j’ai eu ce problème, je ne sais pas du tout. Je ne m’en rappelle pas.

Par contre autre conséquence, je n’y pensais pas non plus, c’est les phobies, c’est une torture physique et psychologique. Les amis qui me connaissent bien, savent comment je réagis, par exemple lors d’un déplacement en train, je me suis trouvée complètement bloquée, figée, malade, étouffant dans le sasse à ne pas pouvoir descendre du train, donc le train m’a emportée jusqu’au prochain arrêt. Quand je rentre dans un train, je me sens prisonnière, je ne contrôle plus du tout ce qui se passe, donc cela je le vis très mal, le train m’emporte, alors je dois me faire violence, dés que j’entends l’annonce de la prochaine gare, faut que j’arrive à me lever de mon siège, que je traverse le wagon rempli de monde, que j’aille jusqu’au sasse, et à l’arrêt que je trouve la force de tambouriner dans la porte pour déclencher l’ouverture et sortir. Cela me demande un travail de concentration, c’est épuisant. Et je peux vous dire que la porte a intérêt de s’ouvrir pour que je sorte, sinon c’est presque des coups de pieds dedans pour que je sorte. Mais voilà j’arrive maintenant à sortir à la gare que j’ai choisi de descendre, mais pas sans effort encore. Il y a du progrès, mais ça ne se fait pas encore naturellement. C’est des grosses suées pendant une heure, des boules dans la gorge également avec une sensation de froid et c’est assez constant cette sensation et je bois aussi pour faire passer cette sensation. Mais je ne pensais même pas à en parler, parce que ça fait tellement longtemps, que cela fait partie de ma vie, donc c’est presque naturel pour moi de vivre avec ça.

Comment j’ai fait le lien entre ces conséquences et l‘inceste, et bien en premier temps, je ne l’ai pas vu de moi-même, il a fallu que ce soit des thérapeutes qui m’ouvrent les yeux, qui me disent que tout ce que je ressentais, que tout ce qui sortait de moi, tous les maux et les malaises qui, que j’exprimais, venaient de l’inceste vécu, de mon passé. Parce qu’autrement, j’étais incapable de savoir que ça venait de l’inceste.

Après, il y a également, quand j’ai commencé à contacter une association, j’ai eu des titres de livres à lire, et depuis que je m’intéresse à cette problématique, je lis beaucoup, j’ai jamais autant lu de ma vie, et pourtant j’aimais lire bien avant tout ça déjà. C’est une source d’information incroyable et ça me fait presque peur, enfin cela me faisait peur au début, maintenant, j’ai l’impression d’être blindée.

Mais c’est vrai qu’au début, je me disais, on est que des nids de conséquences. Faut pas avoir peur, je n’ai pas eu peur de lire, j’ai su faire le tri, et relativiser et cela a été important, parce qu’au départ, je me disais, mais plus j’avance, plus j’ai l’impression de m’enterrer, parce que je prenais conscience de mon vécu, et des maux que je ressentais. Alors que m’ont dit les soignants, il fallait que je prenne confiance en moi, à chaque, c’est que j’allais aller mieux, mais prendre confiance en soi quand j’ai été, moi pendant des années abaissée, mise à l’image d’un objet, je dirais maintenant, qu’il y a que très très peu de temps que j’arrive à dire JE SUIS une personne, je ne suis pas la chose d’untel ou de mon mari, j’ai mes droits à part entière, j’ai le droit de vivre, j’ai aussi le droit à des plaisirs, je n’ai pas à avoir les miettes de l’emploi du temps de la famille, je dois faire ma place en tant que femme, en tant que mère et en tant qu’être humain dans ce monde.

A une époque, travailler à l’extérieur, non non, j’étais restée sur l’image de ma mère, soumise, et au foyer. Mais depuis que j’avance, je sens bien que là, j’ai besoin de m’évader, d’aller au contact des autres, de gagner mon propre argent, j’ai besoin de parler. Une fenêtre ouverte, je suis comme un oiseau qui s’envolerait d’une cage quoi. C’est basta, salut, j’ai besoin de vivre. Donc, les soignants au départ, je ne sais pas, d’abord des soignants, j’aime pas ce terme, je ne sais pas trop comment l’exprimer, là à chaud, mais je ne me rappelle pas qu’ils m’aient dits grand-chose en faite les soignants.

Je ne sais pas encore si j’arrive à dépasser ces conséquences, parce que de toute façon, je suis consciente que je ne vais pas en guérir mais apprendre à vivre avec ce qui en découle. J’ai dépassé certaines conséquences, mais d’autres sont arrivées depuis, donc les dépasser, ça voudrait me dire, que je n’aurai plus rien qui fait que je me sente mal, que je n’aurai plus de traces, mais en faite à ce jour j’ai encore des maux, donc je n’ai pas dépassé ces conséquences, mais je réagis mieux face à ces conséquences car je me documente, je suis entourée aussi, cela est très important.

Je suis consciente aussi que l’inceste laisse des traces même si j’apprends à vivre avec. Le psy à ma dernière séance m’a dit que je n’en guérirai pas MAIS que j’ai déjà appris beaucoup à côtoyer et à vivre avec, je ne pleure plus quand j’en parle, je suis capable d’aider les autres victimes, vous êtes résiliente, je me trace un chemin, c’est vrai, donc ce que je viens de vous nommer est dépassé, mais il me reste encore plein de choses à dépasser. Il y a des choses que j’ai réussi à contourner, que je fais un pied de nez. Je peux dire que j’ai dépassé certaines réactions mais les conséquences en elle-même, tout ce qui est maladie, toutes les maladies qui sont des conséquences dues au vécu de l’inceste et bien pas encore, pas à ce jour. Je ne les ai pas dépassées étant donné qu’elles me gênent encore pour vivre naturellement, normalement. Par contre que vous ont dit les soignants, de ce que je me rappelle, ils m’ont pas dit grand-chose, parce qu’ils ont pour la plupart pas beaucoup de connaissance sur les conséquences justement.

Je vais revenir sur lien entre les conséquences et l‘inceste ? Je dirai que le lien que je fais de plus en plus c’est la coupure avec certaines personnes de la famille, même si elles sont un peu éloignées, c’est-à-dire, une de mes cousines, qui a été aussi violée à plusieurs reprises par le même homme qui m’agressée, je ne la vois plus parce que, quand elle me voit, ça lui rappelle trop l’image et les mauvais souvenirs, qu’elle a vécue à mes côtés. Parce que quand elle se faisait violer malheureusement, elle était couchée à côté de moi, on aimait bien dormir ensemble dans le même lit, on écoutait de la musique, on rigolait enfin bref, c’était un partage entre cousine, on se racontait des histoires, on se faisait, on était gamine quoi, mais malheureusement dans la nuit il y avait le vilain loup qui venait dans notre lit, et violait ma cousine, et cela plusieurs fois et à mes côtés, il m’arrivait de me réveiller, de pas trop comprendre que le moment ce qui se passait, et ensuite ben voilà. Lui me faisait, chut rendors toi, et elle a côté subissait. Voilà, les conséquences de l‘inceste, il y a une coupure par rapport à certaines personnes dans la famille que l’on aime bien, ça, ça me rend amère, c’est un peu douloureux de ne plus avoir ce contact avec cette cousine. J’ai essayé de la contacter plusieurs fois, elle m’a répondue, mais je sais par sa sœur qu’elle m’aime beaucoup mais pour elle s’est une façon de se protéger en me voyant plus. Elle m’a fait un appui écrit pour la justice, pour m’aider dans mes dossiers, mais voilà, c’est tout ça s’arrête là. J’en parle aussi avec sa sœur ainée, qui, elle a essayé de lui en parler, de lui comprendre que moi aussi, je souffrais de cette coupure. Mais je lui ai dit de lui dire, que je comprenais très bien sa réaction. Voilà l’inceste c’est une grosse tempête, un gros dégât qui se fait à tous les niveaux, et c’est lamentable, triste et quand j’y pense, je me dis, car je sais qu’elle culpabilise beaucoup, parce qu’elle savait que je subissais aussi donc elle culpabilise de ne pas avoir dit à ses parents ce qui se passait. Si, elle avait dit pour moi, elle en serait peut-être venue à le dire aussi pour elle, les conséquences auraient été moins longues, moins lourdes. C’est tout ce cercle vicieux qui a fait qu’on en est là aujourd’hui. Cela est un lien que je n’avais pas relevé au départ mais plus les années passent, je pense qu’en vieillissant j’ai besoin de m’attacher un peu à certaines personnes. Cela est un très très gros regret. La coupure avec cette cousine me créait un manque parce que j’avais une belle complicité avec elle.

Comment j’ai dépassé l’inceste? Je suis rentrée dans une association, j’ai osé dire, je suis P….., j’ai subi mais sans nommer car mon histoire est prescrite, mais c’était quelque chose qui me tenait à cœur de dire LUI il m’a fait ça, et ça pendant près de quinze ans, c’est pas rien quand même, c’est très long. Donc je voulais dire que j’avais été victime mais tout aidant les autres victimes. J’ai fait quelques interviews, ce n’est pas que j’aime, même pas du tout, et quelques témoignages sur les journaux, et j’aide les autres victimes au sein d’un groupe de parole. Dire et me montrer, ne plus me cacher, ne plus avoir honte, aller au devant des autres, à la rencontre des autres, ça c’est dépasser l’inceste et ses conséquences, enfin une partie. Tout cela n’a pas été facile, il a fallut que je me booste. Mais je ne considère pas avoir dépassé les conséquences, car elles sont encore là, je les vis encore.

Pour moi c’était impensable, ce n’était pas du tout incroyable

Je suis aussi mère de 2 fils qui ont été agressés dans des situations qui étaient différentes parce qu’au moment des révélations, quand ils avaient 28 et 24 ans, j’ai donc découvert ça une nuit et il y en avait un, on s’est renseigné presque tout de suite, l’aîné était prescrit et le cadet n’était pas prescrit mais pas prêt à porter plainte et mon fils aîné m’a expliqué qu’il savait que j’étais au courant, qu’il en était sûr parce que j’étais dans la pièce à côté quand il l’avait dit à son père.

Le problème c’est que j’étais dans la pièce à côté mais à l’étage du dessous entrain de faire la cuisine pour 15 personnes et mon mari ne m’en a jamais parlé, il ne s’est jamais une fois brusquement retourné vers moi en me disant « mais tu te rends compte ce qu’il a fait mon frère ?! » par contre il a dit à son fils « tu n’auras qu’à te débrouiller s’il recommence… »

L’année d’après, j’ai retrouvé l’oncle entrain de masser mon fils sur les épaules, ils étaient tous les deux habillés mais mon fils visiblement pleurait, ça ne lui plaisait pas du tout, j’ai pris le frère de mon mari et je l’ai foutu dehors… alors au moment des révélations, mon fils m’a dit « tu le savais ! », je lui ai dit « non ! », il me dit « papa m’a aidé mais pas toi » une thérapeute m’a dit « vous êtes une mère abandonnique, ça fait 20 ans que ça s’est produit, vous ne lui avez rien dit, c’est normal qu’il vous en veuille » ce qui veut dire que je serais classée dans les « complice silencieux et passif » ce qui me fait quand même beaucoup de mal. Au moment des révélations mon fils cadet m’a dit « tu sais maman, c’est normal que tu n’aies rien su, j’ai tout fait pour que tu ne le saches pas », or, au moment où mon fils m’en a parlé pour la première fois, je lui ai dit « je vais aller parler à ton oncle dès demain » et c’est lui qui m’en a empêchée. Mon fils aîné est sorti du déni à 36 ans, l’été dernier, et il y a peu de temps encore il est venu me voir en me disant « maman, je veux te faire avouer que tu savais », il m’a dit « tu savais bien que s’il me massait c’était sexuel ! » et je lui ai dit « à l’époque non ! Maintenant peut-être oui, mais à l’époque non !», il me dit « en tout cas ce que je veux que tu me dise c’est que tu n’as rien fait après », « effectivement, je n’ai pas tiré de conclusion », alors il m’a dit « maman, ça m’a apaisé ce que tu me dis là» mais moi, j’en ai encore plus les boules !

Je ne peux pas pardonner à un agresseur qui me fausse ma relation avec mon fils à ce point là, avec mon fils aîné, j’ai réussi à rétablir une relation excellente avec mon fils cadet, ok, mais quand je sais que l’agresseur encore la semaine dernière disait encore « oui, pour ce qui est prescrit j’ai fait « ça » mais non pour ce qui n’est pas prescrit » comment voulez-vous que je lui pardonne ? Il a faussé mon couple parce que je me suis même boxée avec mon mari pour ce qu’il n’a pas fait, il a faussé mes relations avec mes enfants, il m’a démolie moi aussi : ça m’est quand même arrivé de me mettre à boire la nuit, etc. parce que je ne voyais pas comment on pouvait s’en sortir, j’étais complètement impuissante. Il avait quand même un entourage silencieux, complice et passif : sa femme et ses 3 gosses. Récemment, mon fils m’a dit « mais enfin, ce n’est pas leur faute aux enfants, ce sont des victimes eux aussi », je lui ai dit « mais attends, ils ont reconnu devant ton père et devant la police ils ont menti, est ce qu’on peut leur pardonner ? Non, on ne peut pas pardonner. » Et c’est vrai que c’est une force parce que la haine ça oui, j’en ai encore, ce n’est pas digéré. Je suis quand même assez fière de ce que j’ai fait pour mon fils cadet, il voulait abandonner son procès, je lui ai quand même trouvé 2 avocats, j’ai fait tout ce qu’il fallait et il a réussi c’est quand même aussi parce que j’ai aussi réussi à ce que mon mari se porte partie civile, le fait que les parents se portent partie civile au côté d’un enfant adulte ça a beaucoup impressionné le juge d’instruction, j’estime que s’il a gagné son procès c’est assez grâce à moi et j’en suis fière, de ce côté-là est ce qu’on peut dire que ça m’aide à me pardonner ? Oui, peut-être.

Pour moi c’était impensable mais ce n’était pas du tout incroyable parce que dès que dès qu’ils m’en ont parlé j’ai immédiatement compris et j’ai fait 4 pages au juge d’instruction sur tous les symptômes que j’avais vu en me creusant la tête pendant des années, toutes les nuits, pour savoir pourquoi. C’était de l’impensable pour moi effectivement mais pas de l’incroyable. Je veux ajouter que j’avais emmené mes fils chez des médecins, chez des psychologues, mon fils aîné a eu plus d’un an de thérapie quand il avait 9 ans et que jamais, jamais, jamais aucun professionnel nous a dit ce qu’il pouvait s’être passé, ni même posé une question, jamais.

Témoignage extrait du groupe de parole de l’association Le Monde à Travers un Regard « le pardon »

Toute ma vie, le souvenir de ce qui s’est passé m’a hanté

Je suis un homme de 43 ans, abusé et violé à de multiple reprises par un homme à l’age de 7 ans qui a aussi abusé de ma sœur et de 4 autres enfants de l’époque. Toute ma vie, le souvenir de ce qui s’est passé m’a hanté, bien que ma situation de vie personnelle ait pu paraître très « normale » (aux yeux de Mr Ruffo). Tout est remonté il y a peu, tout, l’horreur de l’agression, la honte, la violence, le dégoût, l’impression de n’être plus rien qu’un objet, un bout de viande… bref la banalité des conséquences classiques des viols sur enfant.
Mais pour ma part, et pour tous les autres enfants de l’époque, dont aucun ne parle, rien ne peut être fait car il y a prescription. Quand je suis allé à la police pour porter plainte, on m’a dit, texto : « Pour nous c’est comme s’il ne s’était rien passé ». Ce jour-là, j’ai failli mettre fin à mes jours, tant la violence d’une telle parole est destructrice chez quelqu’un qui a eu tant de mal à sortir du silence du tabou. Alors non, un non lieu ou un classement sans suite, ce n’est pas
une bonne nouvelle pour les victimes, comme le sous-entend le Pr Ruffo.
C’est tout le contraire. C’est la fin du monde, car c’est le signe que la société ne veut pas prendre en compte la victime qui doit retourner dans son monde de silence et d’enfermement, ce monde dont elle a eu tant de mal à sortir.

Etre victime, anorexique et maman

J’ai très tôt eu le désir d’avoir des enfants. Avoir un petit être que je pourrais aimer, et un petit être qui m’aimerais juste parce que je suis sa maman. J’ai rencontré mon mari en 2000, nous nous sommes mis en ménage très vite. Nous avons désiré des enfants très vite. Six mois après notre rencontre, nous décidions que j’arrête la pilule. Mais l’attente à été longue. Bien avant que j’arrête la pilule je présentait ma crainte à mon mari. Je pressentais que le fruit de notre amour ne viendrais pas aussi facilement que les autres couples de notre entourage. Au bout d’un an, nous avons commencer à nous inquiéter. Nous avons consulté, nous avons entrepris des traitements multiples…..

La grossesse je crois c’est bien passé. Je n’ai pas eu de crainte spécial. Je n’ai pas eu le temps de craindre….Le bébé ne grandissait pas bien dans mon ventre, j’avais attrapé un virus, et ce virus était au centre de ma grossesse. Enceinte je suis heureuse, je me sens bien, je ne pense a rien d’autre qu’a ce bébé qui pousse en moi. Je ne vis pas que pour moi, mais je vis pour deux. Et ma première fille arriva en 2004. Sa naissance a bouleversé ma vie. Comme beaucoup de mamans je présume, mais moi c’était autre chose. Des craintes extrêmes me sont apparus. J’étais encore dans le déni, je ne compris pas vraiment se qu’il se passait en moi. Mes troubles touchaient seulement l’approche des autres envers mon bébé. Je refusais catégoriquement que qui que ce soit touche mon bébé. Je refusais qu’on la prenne dans les bras. Juste moi et mon mari après grande négociation. Je ne lâchais plus ce jolie bébé que j’aimais tant. Je ressentais une douleur à chaque fois que quelqu’un prenais mon enfant dans les bras. Je souffrais tellement qu’un mois après on décide de déménager. Nous vivions à Toulouse, et nous sommes repartie en régions parisienne. J’avais besoin de m’isoler loin de la famille de mon mari qui était à mon goût beaucoup trop étouffante et me rapprocher de ma mère.

J’ai allaitée ma fille pendant un an. La petite à dormit avec nous dés son premier jour. J’avais besoin de la sentir prés de moi, je n’étais rassurée que si elle était auprès de moi. J’ai créer avec ma fille une relation très fusionnelle, beaucoup trop. Mais j’avais besoin de cette relation. Je croyais la protéger mais je savais pas de quoi je voulais la protéger. J’ai aussi rencontré un autre problème. Je confond l’autorité et l’abus d’autorité. Ce qui n’est pas un mince souci dans l’éducation d’un enfant. Je ne supportais pas de la frustrer. De nombreuses disputes avec mon mari sur ce sujet, ma fait deviner que quelque chose ne collais pas .

Je suis sorti du déni dans la deuxième année de  ma fille. Cela à été un moment de sa vie qui je pense à été la pire autant pour elle que pour nous. J’ai fait de nombreuses tentatives de suicide dont une qui m’a valu trois semaines d’hospitalisations. Aujourd’hui elle a 5ans et dors toujours avec nous. J’ai toujours été et je suis toujours son doudou vivant. Elle est en thérapie depuis deux ans. C’est une petite fille intelligente, qui a la parole facile. Suite à mon problème d’autorité elle avait de grave troubles du comportement. On ne savait plus qui était la mère et qui était l’enfant. Ma fille prenais mon rôle en voulant me protéger de toutes mes souffrances. Je disais toujours que je ne métrais jamais ma fille à l’école, heureusement ma thérapie m’a fait avancer la dessus aussi . Les deux première années de sa scolarité à été une catastrophe, elle refusait d’aller à l’école , elle ne s’imaginait pas me laisser seule et moi croyant que la meilleur chose était de la garder avec moi. Cette année l’école c’est passé comme nous le rêvions. Que du bonheur. Tous ça est derrière nous. Le seul bémol actuellement avec ma petite puce c’est qu’elle dort toujours avec moi. Elle a toujours de grosses angoisses de séparation, mais elle avance en même temps que moi j’avance.

Pour ma deuxième fille c’est moi qui la voulais plus que tout. En revenant de mon hospitalisation, après ce choc terrible, j’eus besoin de tomber enceinte, nous avons donc fait une insémination, même si le papa n’était pas très pour cette grossesse. Il pensait que c’était bien trop tôt. Mais moi je le voulais plus que tout. L’insémination à mon grand bonheur à fonctionner dés le premier coup. Je suis tombé enceinte avec mes 44 kg . J’ai vécu ma grossesse comme la première, à me concentrer seulement sur ce petit bou qui poussais en moi. Je savais que j’allais encore avoir une fille, je le pressentais. Pour cette grossesse, l’anorexie était bien présente, je n’ai pris que 4kg. Au fil de ma grossesse j’avançais avec ma thérapie pour ne pas créer une deuxième relation trop fusionnelle. Pour la grossesse j’avais arrêter tout traitement et la cigarette. Je n’avais qu’un tout petit anxiolytique en cas de grosse crise d’angoisse. Ma deuxième fille est née en décembre 2006. Un vrai bonheur que je ne saurais expliqué. Je n’ai pas pu allaiter cette petite puce qui à été très malade à huit jours et qui c’est fait hospitalisé deux semaines. Lors de son hospitalisation, je suis rester à son chevet 24h sur 24. Je refusais de sortir et de la laisser seule au mains de n’importe qui. J’ai très mal vécu de ne pas pouvoir allaiter ce bébé. C’était mon rôle de maman et je culpabilisais beaucoup. Ma deuxième fille a dormis tout de suite dans son lit. Jusqu’à ces dix huit mois ça se passait très bien. Mais un jour, à la fête des mères de 2008 ma grande décide de me faire un beau cadeau et réussi a dormir seule dans son lit. J’étais super fière même si moi je le vivais mal. Les filles donc dormaient dans la même chambre. La plus petite supportais mal « l’intrusion de sa sœur » dans la chambre. Elle nous fi un mois de nuit blanche jusqu’à ce que je craque et que je la prenne à son tour dans notre lit. Mais la grande n’avais pas dit son dernier mot et voyant sa sœur dormir avec nous, nous avons fini à quatre dans le lit. Actuellement les filles dorment toujours avec nous. Bien sur je sais que ce n’est pas une solution et je souhaite de tout mon cœur que chacun d’entre nous trouve sa place.

Être Maman après l’inceste n’est pas une mince affaire. C’est difficile d’éduquer un enfant quand moi même je n’ai pas eu d’enfance. Je ne veux que leur bonheur, ça c’est une chose. Mais ce que j’ai appris c’est que le bonheur n’est pas en leur faisant que plaisir. Ils ont besoins de limites, mais les limites me font peur. Et surtout mes limites sont perturbés. Dans mon enfance les limites n’étaient pas mise à bon escient. Je suis prise de beaucoup de culpabilité dans ce parcourt de maman. J’ai une thérapie qui m’aide à poser des limites, les bonnes limites où il faut. Je suis prise d’angoisse au moindre bonhomme qui rôde autour de l’école, de peur qu’on m’enlève ma fille. Je suis en permanence obliger de prendre sur moi pour pouvoir sortir mes enfants, que ce soit dans le parc en bas de chez moi, ou que je doive prendre les transport en communs.

Aujourd’hui nous voulons un troisième enfant, ça fait un an que nous faisons des traitements. Déjà trois inséminations à ce jour sans succès. La dernière à fonctionner mais malheureusement, le bébé n’a pas tenu. Je ne pèse que 41 kg, j’ai beaucoup de trouble, des trouble de l’humeur et de comportement. Mais j’apprends petit à petit a vivre avec , en fonction de ma famille. Mes enfants sont ma force ! Que serais je sans leur amour? Sans ces petits êtres que j’aime de tout mon cœur ? Ce que je sais c’est que leur existence m’a fait prendre conscience de beaucoup de chose et que grâce à cela j’avance à grand pas.

Une honte terrible et inavouable

Je ne sais pas par où commencer, ni par quoi. Qu’est ce qui m’amène aujourd’hui à venir écrire.
Je crois que j’ai besoin de crier ma rage et mon désespoir à des personnes qui ne mettront jamais de visage sur mon nom.
Rage et désespoir, mais surtout honte. Une honte terrible et inavouable qui me torture chaque jour, du matin au soir, du soir au matin, la nuit, tout le temps.

Je ne me souviens plus comment ça a débuté, quel âge j’avais; 8, peut être 9 ans.
Je me souviens juste de nous deux se frottant l’un contre l’autre. Tout le temps dans ta chambre, jamais dans la mienne. A quelle fréquence, comment, pourquoi…je n’ai pas ces réponses. Mais je sais que je n’invente rien au vu de la tournure qu’on pris les évènements.
J’avais 10 ans, ce petit garçon 5, il me semble. – Ma mère est assistante maternelle -. Je l’ai emmené dans ma chambre, je l’ai déshabillé, et je me suis frotté à lui. Comme on le faisait ensemble. Heureusement son père est rapidement arrivé; qui sait jusqu’où j’aurais pu aller sinon. Mon coeur battait la chamade, j’ai eu peur, j’ai eu honte. Donc je savait que ça n’était pas normal. Alors pourquoi n’ai-je rien dis.
J’aurais pu épargner tout ça à Pauline, à maman, à papa.
Tu venais d’avoir 18 ans, Pauline en avait 6. Elle jouait souvent avec nous, dans nos chambres respectives, sans surveillance particulière. A quoi bon elle était là depuis qu’elle avait 2mois, elle faisait partie de la famille. Et toi, par ce dimanche après midi, tu lui a montré ton sexe.
Et moi je n’ai toujours pas parlé, toujours pas fais le lien.
Les années ont passées, je n’en garde pas de souvenirs.
A 15 ans l’anorexique a pointé le bout de son nez. Je ne comprennais pas.
Puis la boulimie. Elle a remis le vice en place; peut être ne s’était-il jamais arrêté.
Tu voulais que je fasse ton « assistante ». Que je t’enfonce des objets dans l’anus, que je te rase les poils pubiens. Puis tu te masturbais devant moi. Je ne cillais pas, je ne bronchais pas. En échange je te réclamais de l’argent, toujours plus. Grâce à quoi je bouffais encore et encore, je recouvrais ce dégoût qui m’assaillait.

En mars 2011 j’ai voulu te faire payer. Il fallait bien que je désigne un coupable à ma déchéance. J’ai acheté des tas de choses inutiles sur le net. Tu as porté plainte. J’ai été condamné.
J’ai brisé la loi du silence, si peu. J’ai parlé aux parents. -rien-
J’ai porté plainte, subi l’expertise psy. -rien-
Les parents ont été convoqués. J’ai retiré ma plainte. Le procureur a pris la décision de continuer les poursuites.
A quoi bon? Ca ne me fait rien. Parce que je ne comprends pas. Parce que j’ai honte. Parce que je suis aussi, sinon plus coupable que toi. J’ai entrenu la chose, si longtemps. N’y-ai-je pas moi même pris du plaisir?

On dit que parler soulage. Je ne trouve pas.
Je ne sais pas comment j’ai fais pour avancer jusqu’ici. Je ne sais pas comment je fais pour continuer. Je vis à côté de ma vie; tel un zombie.

Impossible avec un homme de mon pays

Un homme de mon pays, ce n’est pas possible…..

J’ai connu un coup de foudre mémorable il y a neuf/dix ans avec un norvégien mais il n’a jamais pu m’approcher pour parler, c’était impossible, pourtant, c’était un sentiment inconnu mais je ne pouvais pas l’approcher, quand on se parlait norvégien c’était trop personnel, trop intime, je ne pouvais pas le supporter, je ne peux toujours pas, enfin, je n’ai pas essayé maintenant. Mais je ne me sens pas capable de vivre un amour avec un norvégien.

Ma langue est une barrière que je mets, une protection…Mais même par rapport à ma thérapie, pour ça, je n’ai pas trouvé de solution.

Affaire classée !

Mes deux filles ont été agressées pour la première fois au printemps 2009 par leur grand-père paternel alors qu’elles étaient âgées de 2 ans et demi et 4 ans.

Elles étaient exceptionnellement pour 3 jours chez les grands parents. Leur grand-mère les a laissées seules dans le bain sous la garde du grand-père car elle voulait aller cuisiner. D’après la plus grande, voilà comment ça s’est passé :

 » Papi voulait nous faire rire il nous disait, ma petite pomme, ma chéri, il jouait et il a sorti son zizi. Il n’arrêtait pas de toucher son zizi et d’un coup il nous a fait pipi dessus. Mamie est arrivée et l’a vu. »

Elle a dit « tu ne peux quand même pas faire ça à tes propres petites filles » puis elle a expliqué au petites qu’il ne fallait rien dire, qu’un vieux Monsieur avait fait ça à papi quand il était petit et que ce n’était pas sa faute s’il avait pris l’habitude de faire ça!

Ma plus grande fille m’a aussi expliqué par la suite : « Je savais que papi allait faire ça car il ne jouait pas comme les autres papis et j’avais peur! » et la petite m’a dit : « Papi il aimait bien mes fesses, il jouait à les maquiller avec un coton »  je suppose donc qu’en fait il y a un moment que ça allait crescendo.

Le grand père a récidivé. La grand-mère, même en ne disant rien, aurait au moins pu ne plus le laisser seul avec elles. Mais en Aout 2009, mon mari étant en stage et moi au travail, ils ont pris les petites en vacances une semaine dans une maison de campagne. Pour y aller, la grand mère a laissé le papi venir les chercher seul en camping car…

Dès qu’il est parti de chez nous il s’est arrêté sur une air de repos d’autoroute et a emmené les petites dans la douche. Heureusement dans notre malheur, il n’y a pas eu viol. La plus grande raconte :

 » Il a dit qu’on allait jouer. Que j’étais mamie et que je devais laver ma petite sœur. Il a encore touché son zizi alors qu’il avait promis de ne jamais recommencé. Il nous a fait pipi dessus, ça collait à nos cheveux et notre figure. Il voulait que je touche son zizi, qui tenait tout droit comme s’il y avait un bout de bois dedans mais je ne voulais pas j’avais trop peur je voyais dans ses yeux que c’était mal. Il nous a lavées à l’eau glacée et nous a fait mal en nous essuyant. Après, il nous a dit que tout était notre faute que nous avions déclenché ça que nous avions ce que nous méritions. Il était en colère, a dit : « si vous le répétez, les méchants docteurs et gendarmes vous enlèveront à vos parents et c’est mamie et moi qui prendrons leur place. » Et puis il les a menacées de faire du mal à leur maman.

C’est à moi, la mère, que les petites ont fini par parler, presque accidentellement.

En septembre 2009, la plus petite toussait beaucoup et j’ai voulu lui mettre un suppositoire. J’ai mis dessus un peu de pommade pour ne pas risquer de lui faire mal et là elle a dit : « Comme le zizi quand il se lève! » Ça a été terrible! La grande, terrorisée, est arrivée en criant : « non! ne dit rien!, on n’a pas le droit de le dire! » Elle pleurait, était très affolée. Ce jour l, elle a admis que ce que ça sœur disait était vrai mais refusait de dire qui. (La petite n’osait plus rien dire). Elle a même inventé des histoires totalement irréalistes, par exemple un inconnu à l’école alors que sa sœur n’allait pas à l’école, puis un inconnu chez la nourrice mais elles n’avaient pas eu la même nourrice. Puis elle a cité tous les hommes que nous connaissons, y compris leur père. Tous sauf 1, l’agresseur. Mais j’avais tellement confiance en mes beaux-parents que je n’ai même pas compris. Il a fallut 2 jours. Je les ai calmées, câlinées. Je leur ai expliqué que ce que cet homme avait fait était interdit par la loi. Qu’elles n’avaient rien fait de mal, qu’elles ne risquaient rien si elles parlaient. Que les hommes qui faisaient ce genre de choses recommençaient toujours. Qu’ils pouvaient faire des choses encore plus graves, voir les blesser. J’ai dit à la grande que si elle ne me disait pas qui, je ne pourrai protéger ni elle, ni sa petite sœur. Et d’un coup elle m’a regardée bien en face avec des yeux que je n’oublierai jamais et a dit comme si c’était une évidence : « Mais maman, c’est papi! » J’ai compris plus tard que pour elle, étant la maman qui savait toujours tout, il était impossible que je ne sache pas ce qui se passait.

Nous avons commencé par nous demander ou porter plainte pour être sûrs que le dossier  tombe de suite dans les meilleures mains pour être bien suivi. Nous pensions qu’il y avait surement une cellule spécialisée et pas qu’on devrait aller au commissariat du coin voir l’agent de garde. Nous avons demandé à une psy qui c’est littéralement débarrassée de nous. (Je n’ai pas le temps, au revoir tenez moi au courant.) Puis j’ai demandé à mon médecin s’il savait ou je pouvais me renseigner : réponse : « tu me prends de court, je ne sais pas, tiens moi au courant ». J’ai demandé à un autre psy mais du CMPI, il m’a dit qu’on ne lui avait jamais demandé et qu’il allait se renseigner auprès du procureur. Il nous a finalement renvoyés vers le poste de gendarmerie le plus proche.

Après le dépôt de plainte les petites ont été auditionnées. Elles ont raconté ce que leur papi leur faisait. Elles n’ont pas donné autant de détails qu’à nous car c’était très court alors qu’elles nous en parlent depuis des mois. Le gendarme en sortant nous a dit que ça s’était bien passé et que, peut être, une expertise psy ne serait pas nécessaire. Confiants, nous avons commencé à les faire suivre par un psy à l’extérieur.  C’est 9 mois après que les petites ont finalement été convoquées à une expertise psy, soit 1 an après les faits… et on leur a demandé de tout raconter à nouveau. Vous imaginez à cet âge.

Une des psy m’a dit en conclusion : « Vous savez on voit bien qu’elles disent vrai mais sans témoin et sans traces physiques, l’affaire sera surement classée ! » Nous avons été abasourdis. Je lui ai dit que je trouvais ça scandaleux et elle m’a dit : « Et alors, vous attendez quoi d’un procès ? Maintenant il faut tourner la page, vous reconstruire. »  Comme je lui ai expliqué, d’abord, cet homme est entouré d’autres enfants… ensuite si sa femme est si bien au courant, c’est qu’il n’en est pas à son coup d’essai. (D’autant que cette femme a été nourrice…). Et puis ça veut dire quoi ? Pour nos filles ça allait crescendo, si par malheur la petite n’avait pas parlé, peut être aurions nous tout découvert dans des années, après qu’il les ait violées ! Faut il attendre d’en arriver là pour que la justice agisse ?

De plus sans procès, ils gardent tous leurs droits de grand parents, si demain il m’arrive quelque chose, ou à mon mari,  je veux qu’il y ait une trace de l’affaire pour qu’ils ne puissent pas demander à les avoir…

Il n’y a jamais eu d’expertise médicale !

J’ai reçu le week end dernier un courrier du tribunal de grande instance, la psy avait raison, l’affaire est classée ! Il y a ce que les petites ont raconté avec tant de détails. On n’invente pas à cet âge. Il y a tous les détails que mon mari et moi avions remarqués à leur retour de vacances. Il y a aussi la réaction de mes beaux parents. Bref pour nous, aucun doute possible ! Nous sommes effondrés et ne savons trop que faire. C’est d’autant plus dur pour mon mari qui a de suite, sans hésiter, poursuivi ses parents et se retrouve face à sa famille avec une affaire classée. Un de ses frères lui a dit : « laissons faire la justice pour savoir qui ment ! » je suppose donc que désormais, nous sommes les menteurs.