Pour moi c’était impensable, ce n’était pas du tout incroyable

Je suis aussi mère de 2 fils qui ont été agressés dans des situations qui étaient différentes parce qu’au moment des révélations, quand ils avaient 28 et 24 ans, j’ai donc découvert ça une nuit et il y en avait un, on s’est renseigné presque tout de suite, l’aîné était prescrit et le cadet n’était pas prescrit mais pas prêt à porter plainte et mon fils aîné m’a expliqué qu’il savait que j’étais au courant, qu’il en était sûr parce que j’étais dans la pièce à côté quand il l’avait dit à son père.

Le problème c’est que j’étais dans la pièce à côté mais à l’étage du dessous entrain de faire la cuisine pour 15 personnes et mon mari ne m’en a jamais parlé, il ne s’est jamais une fois brusquement retourné vers moi en me disant « mais tu te rends compte ce qu’il a fait mon frère ?! » par contre il a dit à son fils « tu n’auras qu’à te débrouiller s’il recommence… »

L’année d’après, j’ai retrouvé l’oncle entrain de masser mon fils sur les épaules, ils étaient tous les deux habillés mais mon fils visiblement pleurait, ça ne lui plaisait pas du tout, j’ai pris le frère de mon mari et je l’ai foutu dehors… alors au moment des révélations, mon fils m’a dit « tu le savais ! », je lui ai dit « non ! », il me dit « papa m’a aidé mais pas toi » une thérapeute m’a dit « vous êtes une mère abandonnique, ça fait 20 ans que ça s’est produit, vous ne lui avez rien dit, c’est normal qu’il vous en veuille » ce qui veut dire que je serais classée dans les « complice silencieux et passif » ce qui me fait quand même beaucoup de mal. Au moment des révélations mon fils cadet m’a dit « tu sais maman, c’est normal que tu n’aies rien su, j’ai tout fait pour que tu ne le saches pas », or, au moment où mon fils m’en a parlé pour la première fois, je lui ai dit « je vais aller parler à ton oncle dès demain » et c’est lui qui m’en a empêchée. Mon fils aîné est sorti du déni à 36 ans, l’été dernier, et il y a peu de temps encore il est venu me voir en me disant « maman, je veux te faire avouer que tu savais », il m’a dit « tu savais bien que s’il me massait c’était sexuel ! » et je lui ai dit « à l’époque non ! Maintenant peut-être oui, mais à l’époque non !», il me dit « en tout cas ce que je veux que tu me dise c’est que tu n’as rien fait après », « effectivement, je n’ai pas tiré de conclusion », alors il m’a dit « maman, ça m’a apaisé ce que tu me dis là» mais moi, j’en ai encore plus les boules !

Je ne peux pas pardonner à un agresseur qui me fausse ma relation avec mon fils à ce point là, avec mon fils aîné, j’ai réussi à rétablir une relation excellente avec mon fils cadet, ok, mais quand je sais que l’agresseur encore la semaine dernière disait encore « oui, pour ce qui est prescrit j’ai fait « ça » mais non pour ce qui n’est pas prescrit » comment voulez-vous que je lui pardonne ? Il a faussé mon couple parce que je me suis même boxée avec mon mari pour ce qu’il n’a pas fait, il a faussé mes relations avec mes enfants, il m’a démolie moi aussi : ça m’est quand même arrivé de me mettre à boire la nuit, etc. parce que je ne voyais pas comment on pouvait s’en sortir, j’étais complètement impuissante. Il avait quand même un entourage silencieux, complice et passif : sa femme et ses 3 gosses. Récemment, mon fils m’a dit « mais enfin, ce n’est pas leur faute aux enfants, ce sont des victimes eux aussi », je lui ai dit « mais attends, ils ont reconnu devant ton père et devant la police ils ont menti, est ce qu’on peut leur pardonner ? Non, on ne peut pas pardonner. » Et c’est vrai que c’est une force parce que la haine ça oui, j’en ai encore, ce n’est pas digéré. Je suis quand même assez fière de ce que j’ai fait pour mon fils cadet, il voulait abandonner son procès, je lui ai quand même trouvé 2 avocats, j’ai fait tout ce qu’il fallait et il a réussi c’est quand même aussi parce que j’ai aussi réussi à ce que mon mari se porte partie civile, le fait que les parents se portent partie civile au côté d’un enfant adulte ça a beaucoup impressionné le juge d’instruction, j’estime que s’il a gagné son procès c’est assez grâce à moi et j’en suis fière, de ce côté-là est ce qu’on peut dire que ça m’aide à me pardonner ? Oui, peut-être.

Pour moi c’était impensable mais ce n’était pas du tout incroyable parce que dès que dès qu’ils m’en ont parlé j’ai immédiatement compris et j’ai fait 4 pages au juge d’instruction sur tous les symptômes que j’avais vu en me creusant la tête pendant des années, toutes les nuits, pour savoir pourquoi. C’était de l’impensable pour moi effectivement mais pas de l’incroyable. Je veux ajouter que j’avais emmené mes fils chez des médecins, chez des psychologues, mon fils aîné a eu plus d’un an de thérapie quand il avait 9 ans et que jamais, jamais, jamais aucun professionnel nous a dit ce qu’il pouvait s’être passé, ni même posé une question, jamais.

Témoignage extrait du groupe de parole de l’association Le Monde à Travers un Regard « le pardon »

Toute ma vie, le souvenir de ce qui s’est passé m’a hanté

Je suis un homme de 43 ans, abusé et violé à de multiple reprises par un homme à l’age de 7 ans qui a aussi abusé de ma sœur et de 4 autres enfants de l’époque. Toute ma vie, le souvenir de ce qui s’est passé m’a hanté, bien que ma situation de vie personnelle ait pu paraître très « normale » (aux yeux de Mr Ruffo). Tout est remonté il y a peu, tout, l’horreur de l’agression, la honte, la violence, le dégoût, l’impression de n’être plus rien qu’un objet, un bout de viande… bref la banalité des conséquences classiques des viols sur enfant.
Mais pour ma part, et pour tous les autres enfants de l’époque, dont aucun ne parle, rien ne peut être fait car il y a prescription. Quand je suis allé à la police pour porter plainte, on m’a dit, texto : « Pour nous c’est comme s’il ne s’était rien passé ». Ce jour-là, j’ai failli mettre fin à mes jours, tant la violence d’une telle parole est destructrice chez quelqu’un qui a eu tant de mal à sortir du silence du tabou. Alors non, un non lieu ou un classement sans suite, ce n’est pas
une bonne nouvelle pour les victimes, comme le sous-entend le Pr Ruffo.
C’est tout le contraire. C’est la fin du monde, car c’est le signe que la société ne veut pas prendre en compte la victime qui doit retourner dans son monde de silence et d’enfermement, ce monde dont elle a eu tant de mal à sortir.

Association le monde à travers un regard : le groupe de parole fléchois prends de l’ampleur !

Radio Prévert : L’association nationale le monde à travers un regard a ouvert un groupe de parole en septembre 2010 à La Flèche. Le nombre de personnes participant au groupe ne cesse d’augmenter au fil du temps.

Patricia Perez, responsable en Sarthe de l’association et vice-présidente au niveau nationale revient sur le travail de l’association et les différents partenariats développés au fil du temps.

BD : Rien vu rien entendu

RIEN VU, RIEN ENTENDU

Cette Bande Dessinée est une approche satirique sur l’inceste et la pédocriminalité.

Graphistes, scénaristes, coloristes, ce n’est pas moins de 30 intervenants qui sous la coordination de Sandrine APERS se sont attelés à un travail dont on peut qualifier le résultat de REMARQUABLE !

 

 

 

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RIEN VU, RIEN ENTENDU

Une honte terrible et inavouable

Je ne sais pas par où commencer, ni par quoi. Qu’est ce qui m’amène aujourd’hui à venir écrire.
Je crois que j’ai besoin de crier ma rage et mon désespoir à des personnes qui ne mettront jamais de visage sur mon nom.
Rage et désespoir, mais surtout honte. Une honte terrible et inavouable qui me torture chaque jour, du matin au soir, du soir au matin, la nuit, tout le temps.

Je ne me souviens plus comment ça a débuté, quel âge j’avais; 8, peut être 9 ans.
Je me souviens juste de nous deux se frottant l’un contre l’autre. Tout le temps dans ta chambre, jamais dans la mienne. A quelle fréquence, comment, pourquoi…je n’ai pas ces réponses. Mais je sais que je n’invente rien au vu de la tournure qu’on pris les évènements.
J’avais 10 ans, ce petit garçon 5, il me semble. – Ma mère est assistante maternelle -. Je l’ai emmené dans ma chambre, je l’ai déshabillé, et je me suis frotté à lui. Comme on le faisait ensemble. Heureusement son père est rapidement arrivé; qui sait jusqu’où j’aurais pu aller sinon. Mon coeur battait la chamade, j’ai eu peur, j’ai eu honte. Donc je savait que ça n’était pas normal. Alors pourquoi n’ai-je rien dis.
J’aurais pu épargner tout ça à Pauline, à maman, à papa.
Tu venais d’avoir 18 ans, Pauline en avait 6. Elle jouait souvent avec nous, dans nos chambres respectives, sans surveillance particulière. A quoi bon elle était là depuis qu’elle avait 2mois, elle faisait partie de la famille. Et toi, par ce dimanche après midi, tu lui a montré ton sexe.
Et moi je n’ai toujours pas parlé, toujours pas fais le lien.
Les années ont passées, je n’en garde pas de souvenirs.
A 15 ans l’anorexique a pointé le bout de son nez. Je ne comprennais pas.
Puis la boulimie. Elle a remis le vice en place; peut être ne s’était-il jamais arrêté.
Tu voulais que je fasse ton « assistante ». Que je t’enfonce des objets dans l’anus, que je te rase les poils pubiens. Puis tu te masturbais devant moi. Je ne cillais pas, je ne bronchais pas. En échange je te réclamais de l’argent, toujours plus. Grâce à quoi je bouffais encore et encore, je recouvrais ce dégoût qui m’assaillait.

En mars 2011 j’ai voulu te faire payer. Il fallait bien que je désigne un coupable à ma déchéance. J’ai acheté des tas de choses inutiles sur le net. Tu as porté plainte. J’ai été condamné.
J’ai brisé la loi du silence, si peu. J’ai parlé aux parents. -rien-
J’ai porté plainte, subi l’expertise psy. -rien-
Les parents ont été convoqués. J’ai retiré ma plainte. Le procureur a pris la décision de continuer les poursuites.
A quoi bon? Ca ne me fait rien. Parce que je ne comprends pas. Parce que j’ai honte. Parce que je suis aussi, sinon plus coupable que toi. J’ai entrenu la chose, si longtemps. N’y-ai-je pas moi même pris du plaisir?

On dit que parler soulage. Je ne trouve pas.
Je ne sais pas comment j’ai fais pour avancer jusqu’ici. Je ne sais pas comment je fais pour continuer. Je vis à côté de ma vie; tel un zombie.

Impossible avec un homme de mon pays

Un homme de mon pays, ce n’est pas possible…..

J’ai connu un coup de foudre mémorable il y a neuf/dix ans avec un norvégien mais il n’a jamais pu m’approcher pour parler, c’était impossible, pourtant, c’était un sentiment inconnu mais je ne pouvais pas l’approcher, quand on se parlait norvégien c’était trop personnel, trop intime, je ne pouvais pas le supporter, je ne peux toujours pas, enfin, je n’ai pas essayé maintenant. Mais je ne me sens pas capable de vivre un amour avec un norvégien.

Ma langue est une barrière que je mets, une protection…Mais même par rapport à ma thérapie, pour ça, je n’ai pas trouvé de solution.