Précarité d’une maman d’enfant victime

il est compliqué de parler de mon enfant victime. Il n’a que 7 ans et demi. Cependant, mon témoignage me paraît bien nécessaire. Parce que les troubles, les conséquences s’étendent.
 
Je suis éducatrice. Devant les comportements dissociaux de mon enfant, avant même qu’il ne parle, j’avais pris contact avec le CMPEA, savoir ce qui le meurtrissait, comprendre pourquoi il était si violent.
 
A l’époque, j’avais un bon emploi. Je travaillais en CER (Centre éducatif renforcé, prise en charge de jeunes délinquants multi-récidivistes). Je gagnais environ 1800 euros net par mois. Lorsqu’il a parlé, je suis, peu après passée à mi-temps, pour être plus présente. Mais j’étais « ailleurs ». Je n’étais plus concentrée sur mon travail. Je n’avais plus ce « lien » avec les jeunes. J’ai démissionné.
 
Un an plus tard, j’ai repris le travail, en ITEP (jeunes troubles du comportements). Trop de choses m’étaient renvoyées. C’était dur. Impression de miroir avec certaines situations de gosses. Malgré tout, mes chefs étaient entièrement satisfaits de mon travail. Moi non.
 
Alors, j’ai voulu tourner la page. Oublier. Je suis partie vivre en Bretagne. Reconstruire 2 vies meurtries. J’ai commencer à travailler en CEF (Centre Educatif Fermé). Mon fils s’est mis à refaire pipi nuit et jour. Une fois encore, j’ai donné ma démission.
Quant à ma vie de couple que j’essayais de construire, elle s’est elle aussi déconstruite. Moi bouffée par une culpabilité réparatrice-dévastatrice, mon nouveau compagnon, n’acceptant pas les blessures de mon fils.
 
Aujourd’hui, oui, je peux parler de précarité en ce qui me concerne!
Précarité affective puisque je ne sais plus et peut-être ne veux plus faire confiance à un homme. Pourtant, j’ai tant besoin d’une épaule.
Précarité « amicale » puisqu’à chaque fois que nous sortons il faut qu’il y ait au moins une crise avec les autres enfants et qu’à chaque fois il y a ce jugement porté sur nous, de ces autres qui ne savent pas et qui nous regardent comme des parias.
Précarité professionnelle puisque je suis aujourd’hui au RSA. Je suis à la mendicité! Une injustice au regard de mes compétences! J’ai compris que je ne peux plus travailler sur un rythme d’internat. Je passe donc aujourd’hui le concours d’assistante sociale, pour mon enfant.
Je viens de trouver une petite maison hors-lotissement parce que son rapport à l’autre est si compliqué.
 
La précarité est présente chaque jour. Elle est là lorsque je vais voir l’institutrice de mon fils avec la boule au ventre. Elle est là pour les démarches MDPH qui lui sont nécessaires mais qui font peur. Elle est là pour tenter d’avancer. Que la justice nous reconnaisse victimes mon fils et moi parce que chaque jour est un combat.

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