Les conséquences d’un homme victime d’inceste maintenant devenue « adulte ».

Abusé sexuellement et battu de l’âge de 5 ans à l’âge de 11 ans par le grand-père paternel, handicapé moteur, violeur en série avant son handicap, et pédophile aux nombreuses victimes (tous les petits enfants de la famille ainsi que les enfants en « visite » avec leurs parents), je vais à présent vers ma quarantième année.
Depuis ma sortie du déni et la réminiscence de ces années noires en 2006, les souvenirs détaillés (images, sons, sensations physiques, odeurs) ont refait surface violemment au cours de cette année là.
Les souvenirs se présentent encore à présent, de jour comme de nuit, car après sept années de destruction enfouies qui refont surface, il y a de nombreuses scènes qui remontent de manière malgré tout.
Au moment où ces souvenirs se présentent à l’esprit, bien souvent déclenchés par un évènement du quotidien qui me plonge dans un sentiment d’effroi (harcèlement de créanciers, refus d’aide sociale, menaces d’huissiers), je me retrouve en état de choc, avec tremblements, « paralysie mentale » qui m’empêche de penser ou d’agir, de faire quoi que ce soit.
J’ai depuis 2006 plongé dans une spirale infernale, ai été hospitalisé pour dépression suite à plusieurs tentatives de suicide ; je me suis par la suite séparé de ma compagne avec qui je vivais, j’ai perdu mon emploi, me suis retrouvé surendetté et harcelé par les créanciers, et vit dans une grande précarité actuellement avec des problèmes de santé physique, et un risque d’expulsion de mon logement au printemps prochain.
Après avoir suivi plusieurs formes de thérapie, après avoir servi de « sujet d’étude » par des psychiatres peu scrupuleux, après avoir été drogué légalement en clinique dans une humiliation totale (produits qui me faisaient baver et uriner dessus, tout en étant conscient sans pouvoir rien y faire), je me retrouve dans une situation de détresse sociale pleinement liée à cette détresse morale.
Coupé volontairement de ma propre famille qui vit dans un déni total (une de mes nièces étant elle-même abusée par son père, sans que personne n’ait tenté d’agir en justice, malgré mes tentatives de thérapie familiale et de recherche de magistrat, pédopsychiatre et psychologue spécialisés dans l’inceste), je me retrouve seul et submergé par les problèmes sociaux auxquels je dois faire face.
Le souci majeur est qu’en fait, n’ayant pu me développer naturellement enfant dans une construction saine et équilibrée, je me retrouve dans un corps d’adulte que je rejette (le ressentant comme sale, « profané ») avec un état d’esprit d’enfant « mal développé », perdu au milieu de cette tourmente sociale.
Ce que ne comprennent pas les services sociaux, ni la majorité des médecins, c’est que la victime que je suis aurait besoin d’aide spécifique et détaillée. Le problème majeur étant que ces services et institutions par manque de volonté politique sont peut-être spécialisés dans leur domaine, mais il leur manque de manière évidente une formation et sensibilisation en victimologie, comme pour les victimes d’attentats par exemple.
J’aurais besoin en fait d’une aide sociale qui prennent en charge la totalité de mes démarches à effectuer, d’une aide psychologique adaptée et constructive, d’un accompagnement spécialisé dans chaque domaine de la vie, n’étant donc qu’un « esprit d’enfant meurtri » dans un corps d’adulte usé par le traumatisme. Mais je tiens à rester digne, debout, et ne souhaite pas être assisté toute ma vie, ce qui serait pour moi un blocage de possibilité d’évolution et de développement.
Il ne se passe pas une seule semaine sans que je n’aie le désir de mettre fin à mes jours par désespoir de trouver un apaisement, une « cicatrisation », à défaut d’une guérison. Je l’ai déjà fait, et ai failli mourir neuf fois depuis, six fois involontairement mais directement lié au trauma (maladie cardiaque grave psychosomatique) et trois fois volontairement. Ce désir erroné et trompeur consisterait à détruire ce corps, support de cette souffrance aux stigmates omniprésents, et je comprends alors les victimes qui « mutilent » leur corps sous diverses formes, par des comportements à risque ou des addictions parfois pouvant causer la mort.
Je me retrouve donc socialement totalement isolé et mis à l’écart, sans aucune aide autre que celle de mes amis proches, à qui normalement ce rôle d’aide ne revient pas, mais sans qui je ne serais tout simplement pas là à écrire ces mots.
Je trouve absolument abjecte que non seulement l’inceste reste tabou dans notre société, puisque bien souvent en milieu clos familial, donc touchant à la « vie privée », et dont les responsables de notre pays ne tiennent absolument pas compte en dehors des périodes électorales, et surtout montrant leur volonté politique et l’exemple en intégrant au sein de son gouvernement un ministre de la culture « pédophile repenti ». Si dans les plus hautes sphères législatives et exécutives, l’inceste est couvert de manière abominable dans un amalgame entre les « mœurs », entre une solidarité affichée publiquement pour des réseaux privés de pédocriminalité impliquant hommes d’affaires, politiques, magistrats, médecins, je ne vois absolument pas comment les victimes peuvent espérer une amélioration de leur prise en charge et du soutien vital dont nous avons tous besoin.
Je déplore également l’éclatement sous forme associative, bien que j’admire le travail qui y est fait et y adhère, de groupes de bénévoles pour lutter contre l’inceste : cette pluralité d’associations défendant les enfants victimes ainsi que les adultes ayant été victimes, ne fait que disperser le problème, cette désunion faisant l’affaire des pédocriminels, que ce soit en milieu familial ou dans ces réseaux criminels qui regroupent des personnalité couvertes soit par leurs fonctions, soit par leur amis politiques tout puissants.
Je déplore l’absence de collectif associatif en France et ailleurs de tous les groupes qui luttent contre ce fléau : l’union faisant la force, je ne pense pas que des centaines d’associations qui ont pourtant le même but arriveront à bousculer l’opinion publique pour que les choses changent enfin.
Je déplore également ce manque de solidarité collective associatif, qui malheureusement ne tient bien souvent qu’à une « guerre de clochers », où l’égo prend le dessus sur le souci altruiste pour les victimes actuelles et celles de demain.
Le monde ne s’est pas fait en un seul jour, certes, mais il est temps que toutes les associations luttant contre l’inceste s’unissent enfin (plus de deux millions de victimes recensées en France) pour pouvoir se faire entendre de force (la diplomatie avec le pouvoir politique qui ne montre pas l’exemple s’avère stérile, puisque aucun parti politique n’a jamais rien fait concrètement), voire ensuite à l’échelle européenne pour mettre fin et à ce fléau dans chaque pays, et au trafic d’enfants dans les réseaux pédocriminels organisés et puissants qui font aujourd’hui venir clandestinement des enfants des pays de l’est, pays ayant rejoint l’Europe (dans les années 80 le trafic portait sur des enfants des pays du Maghreb), et mettre un terme à ces organisations mafieuses d’un tourisme sexuel international rapportant beaucoup plus d’argent que le trafic de drogue.
Je souhaite qu’une réelle et concrète volonté altruiste d’union collective associative voie le jour.
Je tiens à rester digne, humain, et donc à être traité en tant que tel : le chemin risque d’être long, et je ne peux compter finalement que sur moi-même et mon entourage proche et fidèle.
Il ne se passe pas une semaine sans que je n’éprouve le désir de mettre fin à ma souffrance et donc à mes jours : jusqu’à quand ?…

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