Témoignage de Rob

Nous nous sommes rencontrés à l’école, à la maternelle pour tout
dire.
Nous avons grandi ensemble jusqu’à la fin de la primaire.
Ma grand-mère qui était aussi ma nounou, nous a gardé ensemble
quelques temps.
Cette femme qui a aujourd’hui 39 ans, je l’ai retrouvé il y a un an
et demi, nous nous sommes retrouvés et sommes tombés amoureux, une
belle rencontre après un bon paquet d’années sans se voir.
Cette femme, j’en suis tombé follement amoureux. Nous sommes restés
ensemble un an et demi.
Dès notre rencontre elle m’a raconté son enfance traumatique.
Elle a été abusée sexuellement par plusieurs personnes, pendant
plusieurs années et ça a commencé dans la petite enfance.
Elle a toujours caché les choses à tout le monde. Elle a caché sa
souffrance, elle a tout enduré toute seule. Elle s’est construit avec
ça a développé une vision déformée des relations de couple. (« Je
ne peut pas être avec quel’qu’un de bien, car moi même je ne suis
pas bien, j’ai été salie » ; « Mais comment fais tu pour être avec
quelqu’un comme moi ? » )

Arrivée à l’age adulte, elle a décidé de porter plainte contre
deux de ses trois agresseurs. L’un est décédé et l’autre a été en
prison 12 ans.
Il est sorti et malgré l’interdiction d’habiter sur le secteur, il y
réside toujours en toute impunité.
Le troisième monstre est parti dans un pays étranger et n’a jamais
été puni pour ses crimes.

Aujourd’hui j’ai perdu une femme que j’aime de tout mon être, une
femme que je devais épouser.

Les répercutions sur sa vie sentimentale ont été d’une atrocité
incroyable. Elle souffre, chaque seconde.
Elle possède de nombreux symptômes des conséquences d’enfant
abusée.
Jalousie excessive, comportement à risque, elle se trouve moche,
nulle, invivable, elle a honte d’elle, elle se trouve grosse, elle se
sent coupable de tout et pense que tout irait mieux sans elle.

Ce petit bout de femme pèse 47 kgs et est d’une beauté incroyable.

La vie à ses côtés à été difficile car elle n’allait pas bien du
tout et toutes ses peurs et ses doutes ont pris le dessus. Elle n’est
jamais arrivée à s’en débarrasser et notre couple a éclaté en
morceaux.
Malgré son amour pour moi, elle n’y arrive pas.
Et, une fois de plus, dans un de ses grands moments de sacrifice, elle
a préféré ne pas me faire souffrir plus que ça et a décidé de
mettre fin à notre relation.

Elle n’a jamais voulu se faire aider, engager un travail sur elle,
afin de se sortir de cette douleur abominable, jusqu’ici.
Aujourd’hui, j’ai pu l’aider à réaliser une vraie prise de
conscience, elle a mis le doigt sur ses problèmes et surtout sur la
source de ses problèmes, car auparavant elle n’arrivait pas à faire
le lien.

Elle a décidé et m’a promis d’engager un travail sur elle afin de
s’en sortir et peut être un jour me retrouver.

A cause de monstres ignobles, et dont je n’ai pas de mots pour
décrire leur atrocité, j’ai perdu la femme que j’aime, une des plus
belles personnes que j’ai pu rencontrer.
A cause de monstres ignoble, je ne peux plus être à ses côtés pour
la soutenir, l’écouter, et lui offrir tout l’amour que j’ai pour
elle.
Ces monstres ignobles me l’ont enlevé.

Pour moi c’était impensable, ce n’était pas du tout incroyable

Je suis aussi mère de 2 fils qui ont été agressés dans des situations qui étaient différentes parce qu’au moment des révélations, quand ils avaient 28 et 24 ans, j’ai donc découvert ça une nuit et il y en avait un, on s’est renseigné presque tout de suite, l’aîné était prescrit et le cadet n’était pas prescrit mais pas prêt à porter plainte et mon fils aîné m’a expliqué qu’il savait que j’étais au courant, qu’il en était sûr parce que j’étais dans la pièce à côté quand il l’avait dit à son père.

Le problème c’est que j’étais dans la pièce à côté mais à l’étage du dessous entrain de faire la cuisine pour 15 personnes et mon mari ne m’en a jamais parlé, il ne s’est jamais une fois brusquement retourné vers moi en me disant « mais tu te rends compte ce qu’il a fait mon frère ?! » par contre il a dit à son fils « tu n’auras qu’à te débrouiller s’il recommence… »

L’année d’après, j’ai retrouvé l’oncle entrain de masser mon fils sur les épaules, ils étaient tous les deux habillés mais mon fils visiblement pleurait, ça ne lui plaisait pas du tout, j’ai pris le frère de mon mari et je l’ai foutu dehors… alors au moment des révélations, mon fils m’a dit « tu le savais ! », je lui ai dit « non ! », il me dit « papa m’a aidé mais pas toi » une thérapeute m’a dit « vous êtes une mère abandonnique, ça fait 20 ans que ça s’est produit, vous ne lui avez rien dit, c’est normal qu’il vous en veuille » ce qui veut dire que je serais classée dans les « complice silencieux et passif » ce qui me fait quand même beaucoup de mal. Au moment des révélations mon fils cadet m’a dit « tu sais maman, c’est normal que tu n’aies rien su, j’ai tout fait pour que tu ne le saches pas », or, au moment où mon fils m’en a parlé pour la première fois, je lui ai dit « je vais aller parler à ton oncle dès demain » et c’est lui qui m’en a empêchée. Mon fils aîné est sorti du déni à 36 ans, l’été dernier, et il y a peu de temps encore il est venu me voir en me disant « maman, je veux te faire avouer que tu savais », il m’a dit « tu savais bien que s’il me massait c’était sexuel ! » et je lui ai dit « à l’époque non ! Maintenant peut-être oui, mais à l’époque non !», il me dit « en tout cas ce que je veux que tu me dise c’est que tu n’as rien fait après », « effectivement, je n’ai pas tiré de conclusion », alors il m’a dit « maman, ça m’a apaisé ce que tu me dis là» mais moi, j’en ai encore plus les boules !

Je ne peux pas pardonner à un agresseur qui me fausse ma relation avec mon fils à ce point là, avec mon fils aîné, j’ai réussi à rétablir une relation excellente avec mon fils cadet, ok, mais quand je sais que l’agresseur encore la semaine dernière disait encore « oui, pour ce qui est prescrit j’ai fait « ça » mais non pour ce qui n’est pas prescrit » comment voulez-vous que je lui pardonne ? Il a faussé mon couple parce que je me suis même boxée avec mon mari pour ce qu’il n’a pas fait, il a faussé mes relations avec mes enfants, il m’a démolie moi aussi : ça m’est quand même arrivé de me mettre à boire la nuit, etc. parce que je ne voyais pas comment on pouvait s’en sortir, j’étais complètement impuissante. Il avait quand même un entourage silencieux, complice et passif : sa femme et ses 3 gosses. Récemment, mon fils m’a dit « mais enfin, ce n’est pas leur faute aux enfants, ce sont des victimes eux aussi », je lui ai dit « mais attends, ils ont reconnu devant ton père et devant la police ils ont menti, est ce qu’on peut leur pardonner ? Non, on ne peut pas pardonner. » Et c’est vrai que c’est une force parce que la haine ça oui, j’en ai encore, ce n’est pas digéré. Je suis quand même assez fière de ce que j’ai fait pour mon fils cadet, il voulait abandonner son procès, je lui ai quand même trouvé 2 avocats, j’ai fait tout ce qu’il fallait et il a réussi c’est quand même aussi parce que j’ai aussi réussi à ce que mon mari se porte partie civile, le fait que les parents se portent partie civile au côté d’un enfant adulte ça a beaucoup impressionné le juge d’instruction, j’estime que s’il a gagné son procès c’est assez grâce à moi et j’en suis fière, de ce côté-là est ce qu’on peut dire que ça m’aide à me pardonner ? Oui, peut-être.

Pour moi c’était impensable mais ce n’était pas du tout incroyable parce que dès que dès qu’ils m’en ont parlé j’ai immédiatement compris et j’ai fait 4 pages au juge d’instruction sur tous les symptômes que j’avais vu en me creusant la tête pendant des années, toutes les nuits, pour savoir pourquoi. C’était de l’impensable pour moi effectivement mais pas de l’incroyable. Je veux ajouter que j’avais emmené mes fils chez des médecins, chez des psychologues, mon fils aîné a eu plus d’un an de thérapie quand il avait 9 ans et que jamais, jamais, jamais aucun professionnel nous a dit ce qu’il pouvait s’être passé, ni même posé une question, jamais.

Témoignage extrait du groupe de parole de l’association Le Monde à Travers un Regard « le pardon »