Témoignage de Joëlle concernant des cas rencontrés en milieu scolaire ou en famille d’accueil

1 – J’ai dû signaler le cas de 2 petites filles de la même famille au procureur de la République (à l’époque il n’y avait pas de cellule pour les signalements d’informations préoccupantes au CG)

Symptômes :
La + jeune (4/5 ans)se plaignait d’avoir mal à l’entrejambe mais ne voulait pas que les adultes de l’école regardent. Elle disait que son père l’avait poussée du banc à table parce qu’il voulait la place.

La + âgée (7/8 ans) s’était dénudé une épaule et avait pris une pose très « aguicheuse » devant le photographe le jour des photos scolaires.

Sans que j’aie parlé de quoi que ce soit la mère est arrivée un soir alors que les petites prenaient habituellement le transport scolaire, pour me dire que ses filles racontaient n’importe quoi, qu’elles inventaient des histoires pour faire leurs intéressantes…

Il n’y avait pas d’autres symptômes alarmants visibles, elles travaillaient très bien et étaient très vives.

Jusqu’au jour où la plus jeune qui était dans ma classe, a dessiné ce qui ne pouvait plus prêter à confusion. Les enfants emportaient chez eux à la fin de chaque semaine leur cahier « de vie » dans lesquels ils pouvaient dessiner, coller, écrire… ce qu’ils voulaient raconter à la maîtresse ou à la classe.
Le dessin représentait un monsieur énorme, sexué, avec un casque sur les oreilles ; et sous son sexe une petite fille.
J’ai demandé à la fillette de me raconter son dessin : le monsieur était un musicien, la petite fille c’était elle. Le monsieur était méchant, il allait faire du mal à la petite fille. J’ai demandé comment il allait s’y prendre pour lui faire du mal, elle m’a répondu « il va s’asseoir sur elle ! »

J’ai alerté mon inspecteur qui m’a aussitôt demandé d’envoyer tout ça au proc. Il se trouve que dans la commune nous avions un gros monsieur pas très recommandable qui animait des soirées (une sorte de DJ) et qui avait déjà eu maille à partir avec des familles de la région qui pour je ne sais quelle raison lui avaient confié leurs enfants.

J’ai été auditionnée par la gendarmerie. Les petites ont été examinées (gynécologue de la police…) ce qui a permis à la mère de m’injurier par téléphone car « par ma faute les fillettes avaient été traumatisées ». Les parents sont venus chez moi mais je n’ai pas ouvert (le père était réputé pour sa violence et son absence de discernement). Lors d’une fête d’école un an plus tard alors que les 2 petites avaient changé d’école, la mère qui était correspondante pour un journal, m’a injuriée devant tous les parents, dévoilant ce qu’elle ne supportait pas : l’expertise, les soupçons, l’enquête sociale… alors que personne n’était au courant. Elle était hors d’elle. Et toujours dans le déni, ou la complicité…
Par la suite ils ont déménagé et je n’ai plus eu de nouvelles.

L’abuseur a fait quelques mois de prison car il avait été dénoncé par des jeunes devenus adultes. Mais il rôde toujours dans la région, il s’est marié avec une femme qui a déjà 3 enfants et ils en ont eu 2 ensemble. Le plus jeune est complètement « à l’ouest » à l’école… mais la psy scolaire ne semble pas inquiète. (!!!)

2- L’autre cas est celui d’une fillette qu’on m’a inscrite à l’école, placée par l’ASE dans un « lieu de vie » dans lequel il se passait des choses pas nettes. Ses symptômes : masturbation, mutilation des poupées, balancements…
La famille d’accueil a voulu me faire croire que ces symptômes venaient de ce qu’elle avait vécu avant d’être placée, ce qui pouvait être vrai. Mais un jour leur propre fille de 4 ans a parlé de « la sucette à Papa ». La mère a aussitôt relevé en tournant la phrase en dérision : « Hé ben, qu’est-ce qu’elle pourrait croire, ta maîtresse… etc… »

Je n’ai pas eu le temps de réagir, la petite a changé d’école ainsi que tous les autres (ils étaient 4 ou 5 enfants placés je crois, + leurs propres filles) tous sont allés en privé dans la ville voisine.

Quelques mois plus tard le père d’accueil est décédé d’un cancer, sa femme a dû répondre de son comportement envers les enfants suite à la plainte de certains d’entre eux : abus sexuels, gavage, humiliations… abandon sur la route quand le contrat arrivait à échéance…
Le lieu a fermé et la mère a déménagé loin avec ses filles. Je n’ai pas eu d’autres nouvelles.

3- Actuellement je suis assistante familiale au service de l’ASE. L’enfant qui m’a été confié a été victime, ainsi que sa fratrie, de diverses formes de maltraitance, dont les abus sexuels incestueux, l’incitation au voyeurisme, etc.
Si on écoute les enfants, on peut déceler des indices. Par exemple, la petite sœur de 4 ans, alors que je lui lisais le livre qu’elle m’avait apporté (la Petite Sirène » par W.Disney), m’a dit devant l’image de la dernière page : « ça c’est Maman avec Pépé » (l’image représentait la petite sirène et le prince Eric, prêts à s’embrasser.) J’ai voulu modifier : « Non, là c’est Maman avec Papa ! » Et la petite m’a ré-affirmé qu’ il s’agissait bien pour elle de sa mère avec son grand-père.
L’enfant qui est chez moi a eu pendant 4/5 ans un comportement hyper sexualisé envers moi : essayant de toucher mon intimité, de faire dévier un bisou, de se coller contre ma poitrine… Il voulait dormir avec moi, voulait que mon mari meure, inventait des scenari de coucheries avec moi en camping-car en jouant avec un « poly-pockett »…
Quand nos amis venaient chez nous, il demandait qui allait dormir avec qui. Quand mes enfants venaient passer un week end, il disait qu’ils changeaient de chambre et que , injustice, lui était obligé de dormir tout seul. (alors que chacun a sa chambre)
Masturbation sur les jambes de mes amies, vocabulaire inadapté pour son âge, exhibitionnisme (il a toujours qqchose à me demander, nu, dans le bureau ou la cuisine, au moment de prendre sa douche)… non différenciation des sexes (Il se plantait devant une personne dans un magasin ou dans la rue, et lui demandait : « t’es un gars ou t’es une fille, toi ? » et il ne fait la distinction dans ses dessins que depuis cette année en ajoutant des queues de cheval aux personnages féminins), non différenciation des générations. (Il lui arrive de nous engueuler, nous donner des ordres ou des conseils comme s’il était lui l’adulte, chargé de nous protéger ou de nous éduquer, et nous les enfants.)
Problèmes de repères dans le temps (ce n’est qu’à 11 ans qu’il se repère dans la semaine, mais pas encore dans les saisons ni l’année), impossibilité d’anticiper jusqu’à cette année ou de relier une action à une organisation temporelle : par exemple : pourquoi on ne peut pas voir les photos de ce qu’on fera demain…

Je voudrais préciser qu’aujourd’hui j’agirais différemment en milieu scolaire envers les enfants victimes. D’où le besoin de formation, d’infos, de structures sur lesquelles s’appuyer quand la justice ne fait pas (ou est empêchée de faire???) son boulot.

Joëlle

Appel à témoignage sur la pédocriminalité – Entretien avec Serge Garde

Galerie

Le Monde à Travers un Regard participe activement et vous invite à relayer l’information autour de vous. http://lechodessorcieres.net/appel-a-temoignage-sur-la-pedocriminalite-entretien-avec-serge-garde/ Si vous désirez participer en apportant votre témoignage, il suffit de suivre le lien ci-dessous : Nous espérons une  grande mobilisation : … Continuer la lecture

MTR au forum des associations à PARIS

En passant

Le Monde à Travers un Regard était présent au forum des associations qui s’est tenu en Septembre 2016 dernier

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Un petit partage de photos de notre stand tenu par Sonia Laffargue responsable de groupe de parole PARIS 10è accompagnée et aidée par Aude Fievet une de nos vices présidentes.

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Sonia fidèle au poste

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Les brochures proposées au grand public

signaux-d'alerte et phrases assassines

L’incontournable livret

 

Violences sexuelles pendant l’enfance : Comment aider son conjoint

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Partager sa vie avec une personne victime d’une ou plusieurs agressions sexuelles durant son enfance nécessite de la patience, de la compréhension et beaucoup d’écoute.

 

Les récentes études conduites par l’UNICEF, l’OMS et l’association Mémoire Traumatique et Victimologie dressent un constat alarmant à propos de la reconnaissance et de la prise en charge insuffisantes des victimes de violences sexuelles, en particulier celles qui touchent les enfants. En France, près 81% des victimes avaient moins de 18 ans au moment des faits, 51% moins de 11 ans et 23%, moins de 6 ans.

Dans 94% des cas, les violences sont commises par des proches, et dans 52% des cas, par des membres de la famille. La victime est donc condamnée au silence et grandit en gardant le poids de ce secret. Or, « les violences sexuelles font partie des pires traumas, et la quasi-totalité des enfants victimes développeront des troubles psychotraumatiques », estiment les auteurs du rapport.

Les conséquences de ce type de traumatisme peuvent ressurgir à l’âge adulte, au sein d’une relation amoureuse. Dans ce cas, le(a) conjoint(e) peut se retrouver démunie, sans savoir quelle attitude adopter pour aider la personne qu’il aime à surmonter cette épreuve.

Que faire ?

S’armer d’une grande dose de compréhension, d’écoute et de patience peut sembler ne pas suffire, mais c’est un bon point de départ, d’après le Centre de recherches internationales et de formation sur l’inceste et la pédocriminalité (Crifip). Ne pas minimiser l’agression, soutenir la victime sans la diriger, être présent quand il a besoin de parler et être coopératif sur le plan sexuel, font partie des règles de base à appliquer d’après le livret rédigé par l’association à l’adresse des conjoints.

« La première réaction est très importante », explique Marie-Ange Le Boulaire, présidente de l’Association nationale pour la reconnaissance des victimes, « certaines personnes se sentent soulagées car la violence subie par l’autre explique souvent des comportements incompris auparavant, mais d’autres personnes réagissent parfois en culpabilisant la victime et en l’accusant de ne pas en avoir parlé plus tôt. » Une erreur à ne pas commettre, car le conjoint doit avoir un rôle de soutien, sans juger le partenaire.

Mais si ce soutien est essentiel, les auteurs du livret rappellent que « vous aiderez votre conjoint en vous concentrant autant sur vos propres besoins que pour les siens ». Respecter ses limites permet de préserver une relation équilibrée au sein du couple.

« La victime peut faire des crises face à la personne la plus proche d’elle et la prendre pour cible. Le conjoint doit prendre du recul, être honnête, ne pas se dire qu’on peut tout résoudre et, au contraire, l’orienter vers des professionnels de santé qui seront capable de l’aider », indique Marie-Ange Le Boulaire.

Des groupes de soutien pour partager son expérience

Entre autres, éviter d’assumer le rôle de la personne qui se charge de tout et savoir apprécier la relation pour ce qu’elle est, sans essayer de l’idéaliser, vous aidera à évoluer dans de bonnes conditions.

Le Crifip rappelle que vous n’êtes pas la seule personne à vivre cette situation : « Assurez-vous d’avoir un appui à l’extérieur de votre relation. Cet appui peut prendre la forme d’un conseiller, d’un ami ou d’un groupe de soutien, ou des trois à la fois. »

L’association « Le monde à travers un regard » organise d’ailleurs un groupe de parole à Paris un samedi matin par mois. Partager son expérience avec d’autres personnes qui traversent les mêmes épreuves et apprendre comment ils ont affronté et résolus leurs problèmes peut vous aider considérablement.

Votre conjoint peut s’en remettre

Si le processus de guérison peut durer plus ou moins longtemps, selon la personne et le type d’agression subie, c’est important de ne pas oublier que le conjoint peut s’en sortir. La communication que vous aurez établi avec votre partenaire permettra de bâtir une relation de confiance vous et d’affronter plus facilement toutes les épreuves futures.

Selon l’expérience de Marie-Ange Le Boulaire,  « s’il existait déjà un lien fort entre les deux personnes avant la révélation, surmonter cette épreuve renforcera probablement ce lien. Si, au contraire, le couple traversait déjà des crises, elle peut faire ressurgir des problèmes et le briser pour de bon. »  Chaque famille s’adapte à cette situation à sa façon. Si pour certains, le chemin est très long, pour d’autres, le déclic de la révélation est suffisant pour se débarrasser du poids de l’agression.

 

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