Syndrome d’Aliénation Parentale ?

Par Dre Catherine Bonnet

19 mars 2019

A quand la fin des stratégies du dénigrement du dévoilement de violences sexuelles par un enfant. Cela fait 20 ans que cela dure.

1)En 1999, il a été importé des Etats-Unis des statistiques fausses d’un professeur américain de psychologie Pr Underwager : 30 à 70% de fausses allégations de violences sexuelles, stratégie pour se méfier des enfants dévoilant l’inceste et accuser des mères d’utiliser l’inceste pour obtenir la garde de l’enfant lors d’un divorce, des médecins ont été considérés comme complices et continuent à l’être (poursuites, sanctions pour des certificats ou des signalements pour protéger les enfants).

Sur un site en anglais, l’interview du Pr Underwager dans un journal en faveur de la pédophilie :

2) En 2003, une fois connus les résultats de l’étude du Pr JL Viaux, démontrant qu’il n’y avait en fait que 5 à 8 cas d’allégations fausses sur 1000 situations de séparations conflictuelles (0,8%) le soi-disant « syndrome d’aliénation parentale » a été importé des Etats-Unis vers la France, l’enfant accusé de mentir, étant manipulé par le parent dit aliénant. Et malgré le refus des associations médicales et la mise en garde de juges aux Etats-Unis et le refus de l’insertion de ce syndrome dans le DSM-5 (manuel international des troubles mentaux) le 1er décembre 2012. A lire le site suivant

http://www.leadershipcouncil.org/1/pas/PR_PAS.html

Selon l’avis du Dr Paul Fink, président du Leadership Council,Clinical Professeur de Psychiatrie à Temple University School of Medicine, Président de l’American Psychiatric Association’s Task Force sur les aspects psychiatriques de la violence, ancien President de l’American Psychiatric Association (AMA), et de l’American College of Psychiatrists, «la science indique que la cause la plus vraisemblable pour laquelle un enfant s’éloigne d’un parent réside dans le comportement même de ce parent. Les étiquettes comme le syndrome d’aliénation parentale servent à détourner l’attention de ces comportements.» 

Ces stratégies ont été décrites avec plus de détails dans un livre L’enfance muselée, un médecin témoigne en 2007 et vous pouvez lire le sommaire et un certain nombre de pages sur Internet

Or les statistiques américaines annuelles sont 0.1 à 0.2% de statistiques d’allégations intentionnellement fausses. Selon les études nord-américaines, il y a une continuité entre les violences faites aux femmes par un conjoint, et les violences psychologiques (100% des enfants témoins), physiques (30 à 50% des enfants, et sexuelles (10 à 20% des enfants) (Ref : article du Concours médical 2016 : Bonnet, Chabernaud Inceste et violences sexuelles, le signalement la clé du parcours de soins téléchargeable sur le web)

3) Or depuis que la Sénatrice Laurence Rossignol, alors qu’elle était ministre, a pris position contre le SAP haut et fort, je crains bien que le retour du mensonge des enfants ait pris depuis 2018 une autre forme celle de leur poser des questions sur leur soi-disant consentement lorsqu’ils ont le courage de dévoiler l’inceste.

Si l’inceste doit devenir impérativement un crime spécifique dans le code pénal, faut-il pour autant indiquer une différence d’âge entre l’incapacité d’un enfant victime à consentir :

  • 18 ans quand il s’agit d’inceste
  • 15 ans quand il s’agit d’une agression hors de la famille,

alors qu’il y a des agresseurs « en institution », y compris au sein de l’Eglise, qui sont également agresseurs d’enfants de leur famille ?

Avec ces stratégies, l’impunité des agresseur-e-s perdure et les enfants qui ont eu le courage de dévoiler durant leur minorité, deviennent muselés, sont placés, confiés au parent agresseur-e, etc.

Docteur Catherine Bonnet

Psychiatre d’enfants et d’adolescents

Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur

Auteure de :

L’enfant Cassé, l’inceste et la pédophilie, Albin-Michel, 1999, en e-book 2018

L’enfance muselée, un médecin témoigne, Thomas Mols 2007.

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