Par Lotis, Les mots d’Isolde La Gronde

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Les mots d’Isolde La Gronde

Isolde La Gronde - Matricule 1922RT78 : mon combat contre la prescription.

Isolde La Gronde – Matricule 1922RT78 : mon combat contre la prescription.

C’est au détour d’un réseau social que j’ai croisé Isolde La Gronde. Tout de suite, sa personnalité m’a touchée. Comme on reconnaît parfois, une évidence, une personne qu’on ne connaît pas.
Je savais son combat ardu. Le combat d’une vie. Mais il fallait me lancer dans ses mots à elle. De mes cauchemars, sans peur, découvrir les siens.
Enfant de la Ddass, ses premières années ont été marquées par l’abandon, puis l’inceste. Ce que porte Isolde, c’est une colère juste, la parole des victimes à travers les affres administratives, la justice des hommes, patriarcale, et sa prescription indigne.
Isolde oscille au gré des jours, des années, des décennies entre une mémoire traumatique omniprésente, morcelée, la quête de sa mère (surtout elle) et de son père biologiques, les enquêtes et recherches d’autres victimes des mêmes agresseurs. Isolde pourtant ne flanche pas sous le poids de son combat et de ses maux.
Certains bien-pensants estiment que les victimes de pédocriminels sont affaiblies, voire faibles. Parmi ceux-là, combien auraient survécu à tant de monstruosité ? Pour ensuite, puiser la force en soi d’exhumer son passé, de l’ériger en un combat pour le mener à terme ? Que ces bien-pensants lisent l’histoire d’Isolde. Ils en ressortiront lessivés.
Certains encore plaident que sans la prescription, les tribunaux (et les prisons) seraient bondés. À ceux-ci, je recommande de découvrir l’itinéraire des enfants saccagés par les pédocriminels. Nul doute qu’à la lecture de Matricule
 1922RT78 : Mon combat contre la prescription, ils reviendraient sur leurs positions.
D’autres encore sont favorables à la prescription pour préserver le droit à l’oubli pour les agresseurs. L’agresseur d’Isolde, celui qu’elle veut poursuivre, a été le bourreau de plusieurs enfants. À ceux-là, je demande de justifier le droit pour l’agresseur de « reconstruire sa vie après une erreur ».
Que le lecteur ne s’attende pas à trouver chez Isolde la trame qui coure dans les témoignages publiés actuels : « j’ai vécu l’enfer, mais j’ai une capacité de résilience et je remercie la vie de m’avoir envoyé ces épreuves, sans lesquelles je ne serai pas moi-même », etc.
Isolde n’aime ni les faux-semblants ni la tiédeur. Elle livre son combat brut. Avec son emportement, sa détresse, ses déceptions, ses amitiés défaites, ses sauts sans filet dans le passé aussi. Si elle se bâtit une forme de sérénité, elle ne renie pas son combat. Elle n’oublie pas. Elle ne se venge pas. Isolde sait au fond qu’à travers ses mots, les victimes d’un système inique se font entendre. Les enfants violentés sont ici, entre les pages de ce livre. Enfants de l’Assistance publique ou non, violés, bafoués, ignorés, Isolde les a toutes et tous emportés avec elle dans les dédales des procédures. Si Isolde veut l’abolition de la prescription, c’est pour elle, d’accord, mais surtout pour eux.
Le livre d’Isolde est bien écrit, documenté à l’extrême, unique en son genre, entrecoupé de poésies. Mais est-ce essentiel ?
À l’heure où les victimes espèrent tant, où les pédocriminels perpétuent leurs forfaits grâce à la prescription, il est temps qu’un livre parle vrai et franc. Il est temps que la prescription s’éteigne, pour les victimes. Il est temps que le message d’Isolde soit entendu. Pour qu’enfin, ces vies, ces enfances laminées avec l’accord d’une société consentante soient prises en compte. 

 

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