J’ai perdu l’usage de mes bras

Les conséquences physiques pendant l’enfance, ça remonte à loin, je dirais que physiquement, ce que je me rappelle le plus, c’est que, c’était de l’automutilation, je m’arrachais les ongles, j’avais les ongles très très rongés, j’avais des panaris régulièrement, donc je faisais très souvent des bains de doigts.

Je faisais également, j’ai vu ça dernièrement, il y a quelques mois, beaucoup d’infections urinaires, et j’étais également une enfant, qui refusait de manger donc, c’était un combat perpétuel à chaque repas. Dés que ma mère ou que quelqu’un d’autre avait le dos tourné, les boulettes de viande allaient sous la table, je n’aimais pas mâcher, ça me fatiguait. Beaucoup de relation négative par rapport à la nourriture. Là c’est seulement ce que je me rappelle pour l’enfance.

A l’adolescence, c’est ce que j’ai énuméré pendant l’enfance a continué. Donc dû à ce manque d’alimentation, enfin je pense que c’était dû à cela, j’étais très maigre. Et ce qui est arrivé à l’adolescence, je me rappelle très bien aussi, ce sont les difficultés pour le sommeil. Je dormais très mal, donc beaucoup de fatigue, beaucoup de cauchemars, la peur des autres aussi, la peur de faire des choses, de me lancer, de prendre la parole en classe, tout le temps avec des maux de ventre qui me menaient assez régulièrement à des évanouissements. Donc souvent à l’infirmerie au collège. D’ailleurs, je me rappelle on mettait ça sur le dos, des premières règles, han la pauvre elle est fragile.

Autrement à l’âge adulte, je peux dire qu’il y a toujours ces choses là, les ongles j’ai arrêté de les ronger en 2008, à ma dernière opération de bras. Je ne sais pas s’il y a une relation ou pas. C’était le bras gauche, enfin peu importe, c’est assez récent. A l’âge adulte la conséquence physique la plus dure a été la perte d’usage de mes bras. Je suis suivie psychologiquement pour arriver à gérer ces émotions. Là actuellement je suis en kinésithérapie pour essayer de nouveau la chirurgie. Peut-être aller consulter un neurologue voir si on peut essayer de me soulager à ce niveau là. Autrement, j’ai toujours des difficultés avec la nourriture. Anorexie ou boulimie, un peu les deux.

Les conséquences physiques, c’est en rapport avec mes problèmes de bras, par exemple lorsque je dois subir une intervention chirurgicale, je voudrais parler de ma réaction avec l’anesthésie. Je réagis très mal. Pour moi c’est une sorte de soumission, car j’ai été menacée longtemps, par mon principal agresseur, si je me laissais pas faire, il voulait m’endormir avec du chloroforme sous le nez. Le faite, d’être anesthésiée pour me faire opérer était une sorte de rappel de mémoire, dû au, enfin à ce que j’ai vécu dans mon passé. Et le faite que j’accepte cette anesthésie pour me faire opérer était une soumission, donc suite à cette intervention j’ai toujours eu une très grosse prise de poids. Et souvent aussi cela me fait aussi ressurgir des souvenirs que j’avais complètement occultés. Cela m’a fait repenser à l’histoire de cette femme que tout le monde a dû entendre, qui a revécu l’histoire du viol qu’elle avait oublié.

Voilà, donc je pense que les conséquences physiques sont assez profondes. Autrement aussi, en conséquences physiques à l’adolescence, tout début d’âge adulte, ont été de vouloir atteindre la paix, c’est-à-dire, mettre fin à mes jours, me suicider quoi. J’ai fait une tentative mais je pense que c’était plus un appel au secours parce que j’ai appelé le médecin traitant à qui je me suis confiée, je m’en rappelle. Et lui maintenant de son côté soutient mon agresseur, cette espèce d’ordure, mais bon, ça c’est autre chose. Et depuis à peu près deux ans, je ne sais pas pourquoi, j’ai tendance à me gratter, je m’arrache la peau, dés qu’il y a un bouton, je gratte, j’empêche la cicatrisation, j’ai des marques partout, et en plus ma peau marque facilement, donc ce n’est pas beau. Comme si ma peau devait laisser des traces, des preuves, montrer aux autres tout ce que j’ai caché pendant ces années.

Petit à petit y a des conséquences qui s’effacent, qui s’éliminent, et d’autres qui apparaissent. Je me demande quand cela va finir, va cesser, peut-être qu’avec les années, ça va s’atténuer je ne sais pas.

En réfléchissant, sur l’enfance je me rappelle, quand j’avais des problèmes avec la nourriture, là, j’ai une image qui me passe par la tête, c’est, on est en vacances en camping, je me vois sortir de la toile de tente, aller un peu plus loin et me faire vomir, et c’est vrai que cette image là me revient souvent, j’y pense souvent, parce qu’on disait que j’étais une comédienne. Alors voilà aujourd’hui, je souris juste un peu. Et c’est vrai que maintenant, s’il y a quelque chose que je digère mal, ou qu’il me semble que j’ai un peu trop mangé, enfin entre guillemets, parce que chacun à sa notion de trop manger ou pas, et bien ça ne me gêne pas, je peux aller facilement me faire vomir.

Comme j’ai entendu parler des intestins, ça me rappelle que j’en ai et qu’ils se font pas oublier ceux là, les miens aussi, je dirais que cela en devient presque banal, parce que ça fait x année qu’ils me donnent des soucis, mais j’en prends conscience que depuis très peu de temps, quelques années quand même mais je ne relevais pas plus que ça avant. Mais c’est vrai que d’aller aux toilettes c’est un gros problème. Je ne peux plus faire naturellement, il me faut une aide manuelle, s’en est jusque là. Le jour où j’y arrive naturellement, comme tout le monde entre guillemets c’est hourra !! Car c’est soit constipation ou diarrhée.

L’autre jour, j’avais rendez-vous au tribunal avec mon mari, ça été l’angoisse, il a fallut que je repère les toilettes dés en arrivant car les émotions me font aller aux toilettes, et là vaut mieux que j’y cours direct. Enfant, je ne me rappelle pas si j’ai eu ce problème, je ne sais pas du tout. Je ne m’en rappelle pas.

Par contre autre conséquence, je n’y pensais pas non plus, c’est les phobies, c’est une torture physique et psychologique. Les amis qui me connaissent bien, savent comment je réagis, par exemple lors d’un déplacement en train, je me suis trouvée complètement bloquée, figée, malade, étouffant dans le sasse à ne pas pouvoir descendre du train, donc le train m’a emportée jusqu’au prochain arrêt. Quand je rentre dans un train, je me sens prisonnière, je ne contrôle plus du tout ce qui se passe, donc cela je le vis très mal, le train m’emporte, alors je dois me faire violence, dés que j’entends l’annonce de la prochaine gare, faut que j’arrive à me lever de mon siège, que je traverse le wagon rempli de monde, que j’aille jusqu’au sasse, et à l’arrêt que je trouve la force de tambouriner dans la porte pour déclencher l’ouverture et sortir. Cela me demande un travail de concentration, c’est épuisant. Et je peux vous dire que la porte a intérêt de s’ouvrir pour que je sorte, sinon c’est presque des coups de pieds dedans pour que je sorte. Mais voilà j’arrive maintenant à sortir à la gare que j’ai choisi de descendre, mais pas sans effort encore. Il y a du progrès, mais ça ne se fait pas encore naturellement. C’est des grosses suées pendant une heure, des boules dans la gorge également avec une sensation de froid et c’est assez constant cette sensation et je bois aussi pour faire passer cette sensation. Mais je ne pensais même pas à en parler, parce que ça fait tellement longtemps, que cela fait partie de ma vie, donc c’est presque naturel pour moi de vivre avec ça.

Comment j’ai fait le lien entre ces conséquences et l‘inceste, et bien en premier temps, je ne l’ai pas vu de moi-même, il a fallu que ce soit des thérapeutes qui m’ouvrent les yeux, qui me disent que tout ce que je ressentais, que tout ce qui sortait de moi, tous les maux et les malaises qui, que j’exprimais, venaient de l’inceste vécu, de mon passé. Parce qu’autrement, j’étais incapable de savoir que ça venait de l’inceste.

Après, il y a également, quand j’ai commencé à contacter une association, j’ai eu des titres de livres à lire, et depuis que je m’intéresse à cette problématique, je lis beaucoup, j’ai jamais autant lu de ma vie, et pourtant j’aimais lire bien avant tout ça déjà. C’est une source d’information incroyable et ça me fait presque peur, enfin cela me faisait peur au début, maintenant, j’ai l’impression d’être blindée.

Mais c’est vrai qu’au début, je me disais, on est que des nids de conséquences. Faut pas avoir peur, je n’ai pas eu peur de lire, j’ai su faire le tri, et relativiser et cela a été important, parce qu’au départ, je me disais, mais plus j’avance, plus j’ai l’impression de m’enterrer, parce que je prenais conscience de mon vécu, et des maux que je ressentais. Alors que m’ont dit les soignants, il fallait que je prenne confiance en moi, à chaque, c’est que j’allais aller mieux, mais prendre confiance en soi quand j’ai été, moi pendant des années abaissée, mise à l’image d’un objet, je dirais maintenant, qu’il y a que très très peu de temps que j’arrive à dire JE SUIS une personne, je ne suis pas la chose d’untel ou de mon mari, j’ai mes droits à part entière, j’ai le droit de vivre, j’ai aussi le droit à des plaisirs, je n’ai pas à avoir les miettes de l’emploi du temps de la famille, je dois faire ma place en tant que femme, en tant que mère et en tant qu’être humain dans ce monde.

A une époque, travailler à l’extérieur, non non, j’étais restée sur l’image de ma mère, soumise, et au foyer. Mais depuis que j’avance, je sens bien que là, j’ai besoin de m’évader, d’aller au contact des autres, de gagner mon propre argent, j’ai besoin de parler. Une fenêtre ouverte, je suis comme un oiseau qui s’envolerait d’une cage quoi. C’est basta, salut, j’ai besoin de vivre. Donc, les soignants au départ, je ne sais pas, d’abord des soignants, j’aime pas ce terme, je ne sais pas trop comment l’exprimer, là à chaud, mais je ne me rappelle pas qu’ils m’aient dits grand-chose en faite les soignants.

Je ne sais pas encore si j’arrive à dépasser ces conséquences, parce que de toute façon, je suis consciente que je ne vais pas en guérir mais apprendre à vivre avec ce qui en découle. J’ai dépassé certaines conséquences, mais d’autres sont arrivées depuis, donc les dépasser, ça voudrait me dire, que je n’aurai plus rien qui fait que je me sente mal, que je n’aurai plus de traces, mais en faite à ce jour j’ai encore des maux, donc je n’ai pas dépassé ces conséquences, mais je réagis mieux face à ces conséquences car je me documente, je suis entourée aussi, cela est très important.

Je suis consciente aussi que l’inceste laisse des traces même si j’apprends à vivre avec. Le psy à ma dernière séance m’a dit que je n’en guérirai pas MAIS que j’ai déjà appris beaucoup à côtoyer et à vivre avec, je ne pleure plus quand j’en parle, je suis capable d’aider les autres victimes, vous êtes résiliente, je me trace un chemin, c’est vrai, donc ce que je viens de vous nommer est dépassé, mais il me reste encore plein de choses à dépasser. Il y a des choses que j’ai réussi à contourner, que je fais un pied de nez. Je peux dire que j’ai dépassé certaines réactions mais les conséquences en elle-même, tout ce qui est maladie, toutes les maladies qui sont des conséquences dues au vécu de l’inceste et bien pas encore, pas à ce jour. Je ne les ai pas dépassées étant donné qu’elles me gênent encore pour vivre naturellement, normalement. Par contre que vous ont dit les soignants, de ce que je me rappelle, ils m’ont pas dit grand-chose, parce qu’ils ont pour la plupart pas beaucoup de connaissance sur les conséquences justement.

Je vais revenir sur lien entre les conséquences et l‘inceste ? Je dirai que le lien que je fais de plus en plus c’est la coupure avec certaines personnes de la famille, même si elles sont un peu éloignées, c’est-à-dire, une de mes cousines, qui a été aussi violée à plusieurs reprises par le même homme qui m’agressée, je ne la vois plus parce que, quand elle me voit, ça lui rappelle trop l’image et les mauvais souvenirs, qu’elle a vécue à mes côtés. Parce que quand elle se faisait violer malheureusement, elle était couchée à côté de moi, on aimait bien dormir ensemble dans le même lit, on écoutait de la musique, on rigolait enfin bref, c’était un partage entre cousine, on se racontait des histoires, on se faisait, on était gamine quoi, mais malheureusement dans la nuit il y avait le vilain loup qui venait dans notre lit, et violait ma cousine, et cela plusieurs fois et à mes côtés, il m’arrivait de me réveiller, de pas trop comprendre que le moment ce qui se passait, et ensuite ben voilà. Lui me faisait, chut rendors toi, et elle a côté subissait. Voilà, les conséquences de l‘inceste, il y a une coupure par rapport à certaines personnes dans la famille que l’on aime bien, ça, ça me rend amère, c’est un peu douloureux de ne plus avoir ce contact avec cette cousine. J’ai essayé de la contacter plusieurs fois, elle m’a répondue, mais je sais par sa sœur qu’elle m’aime beaucoup mais pour elle s’est une façon de se protéger en me voyant plus. Elle m’a fait un appui écrit pour la justice, pour m’aider dans mes dossiers, mais voilà, c’est tout ça s’arrête là. J’en parle aussi avec sa sœur ainée, qui, elle a essayé de lui en parler, de lui comprendre que moi aussi, je souffrais de cette coupure. Mais je lui ai dit de lui dire, que je comprenais très bien sa réaction. Voilà l’inceste c’est une grosse tempête, un gros dégât qui se fait à tous les niveaux, et c’est lamentable, triste et quand j’y pense, je me dis, car je sais qu’elle culpabilise beaucoup, parce qu’elle savait que je subissais aussi donc elle culpabilise de ne pas avoir dit à ses parents ce qui se passait. Si, elle avait dit pour moi, elle en serait peut-être venue à le dire aussi pour elle, les conséquences auraient été moins longues, moins lourdes. C’est tout ce cercle vicieux qui a fait qu’on en est là aujourd’hui. Cela est un lien que je n’avais pas relevé au départ mais plus les années passent, je pense qu’en vieillissant j’ai besoin de m’attacher un peu à certaines personnes. Cela est un très très gros regret. La coupure avec cette cousine me créait un manque parce que j’avais une belle complicité avec elle.

Comment j’ai dépassé l’inceste? Je suis rentrée dans une association, j’ai osé dire, je suis P….., j’ai subi mais sans nommer car mon histoire est prescrite, mais c’était quelque chose qui me tenait à cœur de dire LUI il m’a fait ça, et ça pendant près de quinze ans, c’est pas rien quand même, c’est très long. Donc je voulais dire que j’avais été victime mais tout aidant les autres victimes. J’ai fait quelques interviews, ce n’est pas que j’aime, même pas du tout, et quelques témoignages sur les journaux, et j’aide les autres victimes au sein d’un groupe de parole. Dire et me montrer, ne plus me cacher, ne plus avoir honte, aller au devant des autres, à la rencontre des autres, ça c’est dépasser l’inceste et ses conséquences, enfin une partie. Tout cela n’a pas été facile, il a fallut que je me booste. Mais je ne considère pas avoir dépassé les conséquences, car elles sont encore là, je les vis encore.