C’est peut-être le prix à payer pour être aimée

Marie est élevée par ses grands-parents, à la campagne, dans une famille catholique -pratiquante. Sa grand-mère est une « maîtresse femme », une femme de pouvoir et son grand-père, un époux soumis. Ils s’occuperont d’elle jusqu’à ses huit ans ainsi qu’une de ses cousines dont les parents ont divorcé. Pour les vacances, les deux fillettes sont accueillies par l’oncle et la tante.
Marie et sa cousine seront agressées chez leurs grands-parents où elles subiront des lavements à répétition. Marie se souvient de la honte ressentie lorsque son agresseur lui infligeait ces traitements sous le regard d’un complice – qui violera sa cousine – et aux yeux de sa cousine. Plutôt que d’être rejetées, les fillettes, dociles, acceptent ces violences. Marie se rappelle que « c’était le prix à payer pour avoir un toit sur la tête ».
Les vacances arrivent et les fillettes sont confiées à l’oncle et la tante. Marie se souvient : « c’est un despote qui terrorise sa femme et ses deux enfants mais c’est un homme respectable et respecté ! Il m’aime bien. Je suis une agréable petite fille : sage, drôle, curieuse et intelligente. On est fier de moi, on me cite en exemple : à l’école, j’ai un an d’avance, je lis tout le temps, je ne me salis jamais, je ne joue pas, ne pleure pas, bref je suis une petite fille modèle ». L’oncle et la tante ne dorment pas dans le même lit et font chambre à part. A six ans, pressée par sa tante, Marie dort avec son oncle. En effet, ils parlent de l’adopter donc il faut être très gentille. Les attouchements puis les viols débutent et continuent jusqu’à ses dix ans. Marie a peur, se sent sale, a honte. Elle se tait et s’isole. « Une fois de plus, c’est peut-être le prix à payer pour être aimée ».
Lorsqu’elle a huit ans, sa mère se marie et vient la chercher chez les grands-parents. Marie découvre son demi-frère et un beau-père. Marie hurle qu’elle veut revoir son oncle et sa grand-mère puisque ce sont les seuls qui l’aiment. Sa mère accepte qu’ils l’accueillent pour les vacances.
Marie vit dans le déni jusqu’à ses trente-neuf ans. « Ces faits appartiennent au passé et je ne me sens pas concernée » explique-t-elle. Pourtant certaines conséquences sont bien présentes : état dépressif, mal-être, solitude, distance émotionnelle, phobies des médecins… Depuis sa sortie du déni, Marie est devenue une victime consciente et d’autres conséquences et symptômes sont arrivés ou revenus : diverses addictions (nourriture, achat…), angoisses permanentes, sentiment d’insécurité, somatisation, flash-back, colère… Marie veut dénoncer ces agressions et les agresseurs mais elle sait que l’action en justice est prescrite. « J’ai alors dénoncé les agressions de mon oncle par lettres recommandées adressées à mes parents, à mes oncles et tantes et aux enfants de mon oncle ». Ses parents décident de couper toute relation avec l’agresseur. Les autres membres de la famille ne tiennent pas compte du courrier sauf la femme de l’agresseur et une autre tante qui préfèrent insulter Marie et lui reprochent de telles révélations! D’ailleurs, Marie vient d’adresser au procureur de la République, une plainte pour viol contre son oncle et pour complicité et non assistance à personne en danger contre sa tante. Même si l’action est prescrite, signaler peut aussi être important.

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